CHAPITRE HT
Ta coor en (a faveur ; j’ai demandé la grâce , et je l’ai obtenue. Va donc où il le plaira ! Mais, ajoutat-il , crois-moi, profite de cct heureux événement. Rentre en toi-méme , et quitte pour jamais le brigandage.
Je (us pénétré de ces paroles , et je pris la route t\c Madrid , dans la résolution de faire une fin , et de vivre doucement dans cette ville. J’y ai trouvé mon père et ma mère morts , et leur succession entre les mains d’un vieux parent qui m’en a rendu un compte fidèle , comme font tous les tuteurs. Je n’en ai pu tirer que trois mille ducats, ce qui peutêtre ne fait pas la quatrième partie de mon bien. Mais que faire à cela ? Je ne gagnerais rien à le chicaner. Pour éviter l'oisiveté , j’ai acheté une charge d'algna/.il , que j’exerce comme si toute ma vie je n’eusse fait autre chose. Mes confrères se seraient par bienséance opposés à ma réception , s’ils eussent su mon histoire. Heureusement ils l’ignorent ou feignent de l’ignorer , ce qui est la même chose ; car , dans cet honorable corps, chacun a intérêt de cacher ses faits et gestes. On n’a. Dieu merci , rien à sc reprocher les uns aux autres. Au diable soit le meilleur I Cependant, mon ami , continua Rolando , je veux te découvrir ici le fond de mon âme. La profession que j’ai embrassée n’est guère de mon goût ; elle demande une conduite trop délicate et trop mystérieuse : on n'y saurait faire que des tromperies secrètes et subtiles. Oh ! je regrette mon premier métier. J’avoue qu’il y a plus de sûreté dans le nouveau ; mais il y a plus d’agrément dans l’autre ; et j’aime fa liberté. J’ai bien la mine de me défaire de ma charge , et de partir un beau matin pour aller gagner les montagnes qui sont aux sources du Tage. Je sais qu'il y a dans cet endroit une retraite habitée par une troupe nombreuse, et remplie de sujets catalans : c’est faire son éloge en un mot. Si tu veux m’accompagner , nous irons grossir le nombre de ces grands hommes. Je serai , dans leur compagnie , capitaine en second ; et pour t’y faire recevoir avec agrément , j’assurerai que je t’ai vu dix fois combattre à mes côtés. J’élèverai ta valeur jusqu’aux nues ; je dirai plus de bien de toi qu’un général n’en dit d’un officier qu’il veut avancer. Je me garderai bien de dire la supercherie que tu as faite : ceb te rendrait suspect ; je tairai l’aventure. Eh bien! ajouta-t-il, es-tu prêt à me suivre ? J’attends ta réponse.
Chacun a ses inclinations , dis-je alors à Rolande; vous êtes né pour 1rs entreprises hardies, H moi pour une rie douce et tranquille. Je vous entends, interrompit-il ; b dame que l’amour vous a fait enlever vous tient encore au cœur ; et sans doute vous menez avec elle à Madrid cette vie douce que vous aimez. Avouez, M. Cil Dlas, que
vous l’avez mise dans ses meubles , et que vous mangez ensemble les pistoles que vous avez emportées du souterrain. Je lui dis qu’il étoit dans l’erreur, et que , pour le désabuser, je voulois en dînant lui conter l’histoire de b dame; ce que je fis effectivement ; et je lui appris aussi tout ce qui m’étoit arrivé depuis que j’avois quitté la troupe. Sur la fin du repas , il me remit encore sur les sujets catalans. Il m’avoua même qu’il avoit résolu de les aller joindre , et fit une nouvelle tentative pour m’engager à prendre le même parti. Mafa , voyant qu’il ne pouvoit me persuader, il changea toul-à-coup de contenance et de ton ; il me regarda d’un air fier, et ine dit fort sérieusement : Puisque tu as le co ur assez bas pour préférer ta condition servile à l’honneur d’entrer dans une compagnie de braves gens , je t’abandonne à la bassesse de tes inclinations. Mais écoute bien les paroles que je vais te dire ; qu’elles demeurent gravées dans ta mémoire ! Oublie que tu m’as rencontré aujourd’hui , et ne t’entretiens jamais de moi avec personne ; car, si j’apprends que tu me mêles dans
tes discours tu me comtois : je ne t’en dis pas
davantage. A ces mots il appela l’hôte , paya l’ccot, et nous nous levâmes de table pour nous en aller.