‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 126 sur 734 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

agréable. Je vous roue une amitié sincère; et, pour commencer à vous en donner des marques, je vous promets de ne plus remettre le pied chez doua Hortensia, quand elle voudrait me revoir. C’est moi, dit-il, qui vous cède cette dame; il est plus juste que je vous l’abandonne , puisqu’elle a naturellement de l'inclination pour vous. Non , non, interrompis-je; vous l’aimez. Les bontés qu’elle aurait pour moi pourraient vous faire de la peine; je les sacrifie à votre repos. Ah! trop gcne'reux Castillan , reprit Radzivill en me serrant entre ses bras, vos sentiments me charment. Qu’ils produisent de remords dans mon âme! Avec quelle douleur, avec quelle honte je me rappelle l’outrage que vous avez reçu 1 La satisfaction que je vous en ai faite dans la chambre du roi me paraît trop légère en ce moment. Je veux mieux réparer cette injure; et, pourra effacer entièrement l’infamie , je vous offre une de mes nièces , dont je puis disposer. C’est une riche héritière , qui n’a pas quinze ans , et qui est encore plus belle que jeune.

Je fis là-dessus au prince tous les compliments que l’honneur d’entrer dans son alliance me put inspirer, et j’épousai sa nièce peu de jours après. Toute la cour félicita ce seigneur d’avoir fait la fortune d’un cavalier qu’il avoit couvert d’ignominie, et mes amis se réjouirent avec moi de l’heureux dénoùmcut d’une aventure qui devoit avoir une plus triste fin. Depuis ce temps, messieurs, je vis agréablement à Varsovie ; je suis aimé de mon épouse , et j’en suis encore amoureux. Le prince Radzivill me donne tous les jours de nouveaux témoignages d’amitié, et j’ose me vanter d’être assez bien dans l’esprit du roi de Pologne. L’importance du voyage que je fais par son ordre à Madrid m’assure de son estime.

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