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i de bien de celle daine , que ma maîtresse m’envoya au château demander de sa part un logement pour cette nuit. Elvire ne démentit point le rapport du paysan; il est vrai que je m’acquittai do ma commission d'une manière qui l’auroit déterminée à nous recevoir dans son château quand die n’aurait pas été la personne du monde la plus polie; elle me reçut d’un air gracieux , et fil à mon compliment la réponse que je désirais là-dessus. Nous nous rendîmes tous au château, où les mules j traînèrent doucement le carrosse. Nous rencontrâmes à la porte la veuve de don Pèdre, qui ve- I noit au-devant de ma maîtresse. Je passerai sous silence les discours que la civilité obligea de tenir I de part et d’autre en cette occasion. Je dirai seu- I lement qu’Elvirc étoit une vieille dame qui savoit | mieux que femme du monde remplir les devoirs de l'hospitalité. Elle conduisit Aurore dans un appartement superbe , où , la laissant reposer qud- , ques moments, elle vint donner son attention jusqu'aux moindres choses qui nous regardoient.
| Ensuite, quand le souper fut prêt , elle ordonna , qu’on servît dans 1a chambre d’ Aurore , où toutes deux elles se mirent à table. La veuve de don Pèdre n’étoit pas de ces personnes qui font mal les honneurs d’un repas, eu prenant un air rêveur ou chagrin. Elle avoit l’humeur gaie , et soutenoit agréablement la conversation. Elle s’exprimoit noblement et en beaux termes : j’admirais son esprit , et le tour fin qu’elle donnoit à ses pensées. Aurore en paroissoit aussi charmée que moi. Elles I lièrent amitié Punc avec l’autre , et se promirent j réciproquement d’avoir eusemble un commerce ! de lettres, (kmune notre carrosse ne pouvoit être i raccommodé que le jour suivant , et que nous cou- ; rions risque de partir fort tard , il fut arrêté que nous demeurerions au château le lendemain. On nous servit à notre tour des viandes avec profusion , et nous ne fûmes pas plus mal couchés que nous avions été régalés.
i Le jour d’après, ma maîtresse trouva de nou- | veaux charmes dans l'entretien d’Elvire. Elles dinèrent dans une grande salle où il y avoit plusieurs tableaux. On en rcmarquoit un, entre au- • très, dont les figures étoient merveilleusement | bien représentées; mais il offrait aux yeux un spectacle bien tragique. l:n cavalier mort, couché à la renverse et noyé dans sou sang, y étoit peint; et tout mort qu’il paroissoit , il avoit un air menaçant. On voyoit auprès de lui une jeune dame dans une autre attitude, quoiqu’elle fût aussi étendue par terre. Elle avoit une épée plongée dans son sein, et rendoit les derniers soupirs, i eu attachant ses regards mourants sur un jeune | homme qui sembloit avoir une douleur mortelle i de la perdre. Le peintre avoit encore chargé son