‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 140 sur 734 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tableau d’une figure qui n’échappa point à mon attention. C’étoit un vieillard de bonne mine, qui , vivement touché des objets qui frappoient sa vue , ne s’y montroit pas moins sensible que le jeune homme. On eût dit que ces images sanglantes leur faisoient sentir à tous deux les mêmes atteintes, mais qu’ils en recevoient différemment les impressions. Le vieillard , plongé dans une profonde tristesse, en paroissoit comme accablé, au lieu qu'il y avoit de la fureur mêlée avec l’affliction du jeune homme. Toutes ces choses étoient peintes avec des expressions si fortes , que nous ne pouvions nous lasser de les regarder. Ma maîtresse demanda quelle triste histoire ce tableau représentoit. Madame, lui dit Elvire, c’est une peinture fidèle des malheurs de ma famille. Cette réponse piqua la curiosité d’ Aurore, qui témoigna un si grand désir d’en savoir davantage , que la veuve de don Pèdrc ne put se dispenser de lui promettre la satisfaction qu’elle souhaitait. Cette promesse, qui se fit devant Ortiz, ses deux compagnes et moi , nous arrêta tous quatre dans la salle après le repas. Ma maîtresse voulut nous renvoyer; mais Elvire, qui s’aperçut bien que nous mourions d’envie d’entendre l’explication du tableau, eut la bonté de nous retenir, en disant que l’histoire qu’elle alloit raconter n’était pas de celles qui demandent du secret. Un moment après ! elle commença son récit dans ces termes.

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