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jvirdonnenl point. Mais j’élois trop vif pour souffrir des injures dont un homme sensé n’auroil fait que rire à ma place, et la patience m’échappa. Madame, lui dis-je, ne méprisons personne! Si ces nobles cavaliers dont vous parlez vous avoient vu le dos, je suis sûr qu’ils borneraient là leur curiosité. Je n’eus pas sitôt lancé ce trait que la furieuse duègne m’appliqua le plus rude soufflet qu’ait jamais donné femme outragée. Je n’en attendis pas un second, et j’évitai par une prompte fuite une grêle de coups qui seraient tombés sur moi.
Je rendois grâces au ciel de me voir hors de ce mauvais pas, et je m’imaginob n’avoir plus rien à craindre, puisque la dame s’étoit vengée. Il me scmbloit que, pour son honneur, elle devoit taire l'aventure : effectivement, quinze jours s’écoulèrent sans qne j’en entendisse jwrler. Je commençois moi-méme à l’oublier, quand j’appris que Sepbora étoit malade. Je fus assez bon pour m’affliger de cette nouvelle. J’eus pitié de la dame. Je pensai que, ne pouvant vaincre un amour si mal pavé, cette malheureuse amante y av oit succombé. Je me représentois avec douleur que j’élois la cause de sa maladie, et je plaignofe du moins la duègne, si je ne pou vois l'aimer. Que je jugeois mal d’elle ! Sa tendresse changée en haine ne songeoit alors qu’à me nuire
ün matin que j’étois avec don Alphonse, je trouvai ce jeune cavalier triste et rêveur. Je lui demandai respectueusement ce qu’il avoit. Je suis chagrin, me dit-il, de voir Séraphiuc foiblc , injuste, ingrate. Cela vous étonne, ajouta-t-il en remarquant que je l’écoutois avec surprise; cependant rien n'est plus véritable. J’ignore quel sujet vous avez pu donner à la dame Lorença de vous haïr; mais je puis vous assurer que vous lui êtes devenu odieux à un point que, si vous ne sortez au plus vite de ce château, sa mort, dit-elle, est certaiue. Vous ne devez pas douter que Sera phi ne , à qui vous êtes cher, ne se soit d’abord révoltée contre une haine qu’elle ne peut servir sans injustice et sans ingratitude. Mais enfin c’est une femme. Elle aime tendrement Scphora , qui l’a élevée. C’est pour die une mère que cette gouvernante, dont elle croirait avoir le trépas à se reprocher, si elle n’avoit la foiblessc de la satisfaire. Pour moi , quelque amour qui m’attache à Séraphine, je n’aurai jamais la lâche complaisance d’adhérer à scs senti mente làdessus. Périssent toutes les duègnes d’Espagne avant que je consente à l’éloignement d’un garçon que je regarde plutôt comme un frère que comme un domestique !
Lorsque don Alphonse eut ainsi parlé, je lui dis : Seigneur, je suis né pour être le jouet de la fortune. J’avois compté qu’elle cesserait de me per-
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sécuter chez vous, où tout me promettoil des jours lieureux et tranquilles. Il faut pourtant me Résoudre à m’en bannir, quelque agrément que j’y trouve. Non , non, s’écria le généreux fils de don César; laissez-moi faire entendre raison à Séraphinc ! Il ne sera pas dit que vous aurez été sacrifié aux caprices d’une duègne, pour qui d’ailleurs on n’a que trop de considération. Vous ne ferez, lui répliquai-je, seigneur, qu’aigrir Séraphinc en résistant à ses volontés. J’aime mieux me retirer que de m’exposer par un plus long séjour ici à mettre la division entre deux époux si parfaits. Ce serait un malheur dont je ne me consolerais de ma vie.
Don Alphonse me défendit de prendre ce parti ; et je le vis si ferme dans le dessein de me soutenir, qu’indubitablement Lorença en aurait eu le démenti, si j’eusse voulu tenir bon ; ce que j’aurais fait si je n’eusse écouté que mon ressentiment. Il y avoit des moments où , piqué contre ta duègee, j’étois tenté de ne la point ménager; mais quand je venob à considérer qu’en révélant sa honte, ce serait poignarder une pauvre créature dont je causois tout le malheur, et que deux maux sans remède conduboient visiblement au tombeau, je ne me sentois plus que de la compassion pour elle. Je jugeai, puisque j’étois un mortel si dangereux, que je devois en conscience rétablir par ina retraite la tranquillité dans le château; ce que j'exécutai dès le lendemain avant le jour, sans dire adieu à mes deux maîtres, de peur qu’ils ne s’oj>- |M»:>assriH à mon départ par amitié pour moi. Je me contentai de laisser dans ma chambre un écrit qui couteuoit un compte exact que je leur rendois de mon administration.