CHAPITRE VII
ofi noos allâmes loger : Belle Laure, ne me sachez et semhloit m’aimer tendrement. Néanmoins les pas mauvais gré de vous avoir amenée en Portu- marques d’amitié qu’il me donnoit n’étoient que gai. Le corrégidor de Zamora nous fera chercher de fausses apparences : le fourbe me trompoil, et dans notre patrie , comme deux criminels à qui me préparait le traitement que toute fille séduite
l’Espagne ne doit point accorder d’asile. Mais, par uu malhonnête homme doit attendre de lui.
ajouta-t-il, nous pouvons nous mettre à couvert lin matin , à mon retour de la messe, je ne fraude son ressentiment dans ce royaume étranger, vai plus au logis que les murailles ; les meubles,
quoiqu’il soit maintenant soumis à la domination et jusqu’à mes hardes, tout avoit été emporté. Zenespagnole. Nous y serons du moins plus en sûreté dono et son fidèle vaict avoient si bien pris leurs que dans notre pays. Laissez-vous persuader, mon mesures , qu'en moins d’une heure le dépouilleange; suivez un homme qui vous adore. Allons ment entier de la maison avoit été fait et parfait; nous établir à Coïmbre. Là. je me ferai espion du . de manière qu’avec le seul habit dont j’étois vêtue , saint-office; et, à l’ombre de ce tribunal redouta- i et la bague de don Félix qu’heureusement j’avois bie, nous verrons impunément couler nos jours au doigt, je me vis, comme une autre Ariane, dans de tranquilles plaisirs. abandonnée par un ingrat. Mais je t’assure que je
Une proposition si vive me fit connoître que ne m’amusai point à faire des élégies sur mon inj'avois affaire à un chevalier qui n’aimoit pas à ser- fortune. Je bénis plutôt le ciel de m’avoir délivrée vir de conducteur aux infantes pour la gloire de d'un scélérat qui ne pouvoit manquer de tonifier . la chevalerie. Je compris qu’il comptait beaucoup ! tôt ou tard entre les mains de la justice. Je regardai sur ma reconnoissance, et plus encore sur ma mi- 1 le temps que nous avions passé ensemble comme sére. Cependant, quoique ces deux choses me par- un temps perdu que je ne tarderais guère à répétassent en sa faveur, je rejetai fièrement ce qu’il rer. Si j’eusse voulu demeurer en Portugal , et me proposoit. Il est vrai que, de mon côté, j’avois m’attache! à quelque femme de condition, j’eu audeux fortes raisons pour me montrer si réservée : ■ rois trouvé de reste ; mais, soit que j’aimasse mon je ne me sentais point de goût pour lui, et je ne pays , soit que je fusse entraînée par la force de le croyois pas riche. Mais lorsque, revenant à la mon étoile, qui m’y préparait une meilleure forcharge, il s’offrit de m'épouser au préalable, et tune, je ne songeai plus qu’à revoir l'Espagne. Je qu’il me fit voir réellement que son économat l’a- m’adressai à un joaillier qui me compta la valeur voit mis en fonds pour long-temps, je ne le cèle j de mon brillant en espèces d’or, et je partis avec pas, je commençai à l’écouter. Je fus éblouie de une vieille dame espagnole qui alloit à Séville l'or et des pierreries qu’il étala devant moi, etj'é- , dans une chaise roulante, prouvai que l’intérêt sait faire des métamorphoses Celte dame, qui s’appeloit Dorothée , revenoit aussi bien que l'amour. Mon Biscaycn devint peu de voir une de ses parentes établie à Coïmbre, et à peu un autre homme à mes yeux. Son grand s'en rclournoit à Séville , où elle faisoit sa résicorps sec prit la forme d’une taille fine ; son teint dence. Il se trouva tant de sympathie entre elle et pâle me parut d’un beau blanc ; je donnai un nom j moi , que nous nous attachâmes l’une à l’autre dès favorable jusqu’à son air hypocrite. Alors j’accep- i la première journée; et notre liaison se fortifia si tai sans répugnance sa main devant te ciel qu’il bien sur la route , que la dame ne voulut point, à prit à témoin de notre engagement. Après cela, il notre arrivé#, que je logeasse ailleurs que dans n’eut plus de contradiction à essuyer de ma part. 1 sa maison. Je n’eus pas sujet de me repentir d’a- Nous nous remîmes à voyager ; et Coïmbre vit voir fait une pareille connoissance. Je n’ai jamais bientôt dans scs murs un nouveau ménage. vu de femme d’un meilleur caractère. On jugeoit
Mon mari m’acheta des habits de femme assez encore à ses traits et à la vivacité de ses yeux , propres, et me fit présent de plusieurs diamants, qu’elle devoit avoir fait racler bien des guitares, parmi lesquels je reconnus celui de don Félix Mal- Aussi était-elle veuve de plusieurs maris de noble donado. Il ne m’en lallut pas davantage pour de- race , et vivoit honorablement de scs douaires, vincr d’où venoient toutes les pierres précieuses Entre autres excellentes qualités, elle avoit celle que j’avois vues, et pour être persuadée que je n’a- d’être très-compatissante aux malheurs des filles, vois pas épousé un rigide observateur du septième Quand je lui Gs confidence des miens, elle entra article du Décalogue. Mais, me considérant comme si chaudement dans mes intérêts, qu’elle donna la cause première de ses tours de mains, je les lui mille malédictions à Zcndono. Les chiens d’hom-
pardonnois. Une femme excuse jusqu’aux mau- mes ! dit-elle d’un ton à faire juger qu’elle avoit
vaiscs actions que sa beauté fait commettre. Sans rencontré en son chemin quelque économe ; les
cela, qu’il m’eût paru un méchant homme! misérables! il y a comme cela dans le monde des
Je fus assez contente de lui pendant deux ou fripons qui se font un jeu de tromper les femmes, trois mois, 11 avoit toujours des manières galantes, Ce qui me console, ma chère enfant , continua t-
Hic , c’est que , suivant votre récit , vous n’étes nullement liée au parjure Biscavcn. Si votre mar âge avec lui est assez boa pour vous tenir il’ezcuse, en récompense il est assez mauvais pour vous permettre d'en contracter un meilleur quand vous en trouverez l’occasion.
Je sortois tous les jours avec Dorothée pour a 1er à l’église , ou bien en visites d’amis; c’étoit le moyen d’avoir bientôt quelque aventure. Je m’attirai les regards de plusieurs cavaliers. Il y en eut qui voulurent sonder le gué. Us firent parler à ma vieille hôtesse; mais les uns n’avoient pas de qnoi fournir aux frais de l'établissement, et les autres n’avoient pas encore pris la robe virile; ce qui suffisoil pour rn'ôtcr toute envie de les écouler. J’en savois les conséquences, tu jour il nous vint en fantaisie, à Dorothée et à moi, d’aller voir jouer les comédiens de Séville. Us avoient affiché qu’ils représenteroicut la [amusa Comedia , ci Embaxador de si-mismo 1 , composée par Lope de Vega Carpio.
Parmi les actrices qui parurent sur la scène , je démêlai une de mes anciennes amies. Je reconnus Phéuice, celte grosse réjouie que tu as rue I femme de chambre de Florimonde, et avec qui 1 tu as quelquefois soupe chez Arsénié. Je savois bien que Phéuice étoil hors de Madrid depuis plus de deux ans, mais j’ignorois qu'elle fût comédienne. J’avois une impatience de l’embrasser qui me fit trouver la pièce fort longue. C’éloit peutêtre aussi la faute de ceux qui la représentaient , et qui ue jouoient pas assez bien ou assez mai pour m’amuser. Car pour moi, qui suis une rieuse, je t’avouerai qu’un acteur loul-à-fait ridicule ne me divertit pas moins qu’un excellent.
Enfin le moment que j’attendois étant arrivé , I c'est-à-dire la fin de la ( amusa Comcdia, nous allantes, ma veuve et moi , derrière le théâtre , où nous aperçûmes Phéuice qui faisoit la tout aimable, et écoutoit eu minaudant le doux ramage d’un jeune oiseau qui s’éloit apparemment laissé prendre à la glu de sa déclamation. Sitôt qu’elle m’eut remarquée, elle le quitta d’un air gracieux, vint à moi les bras ouverts, et me fit toutes les amitiés imaginables : de mon côté je l’embrassai de tout mon cœur. Nous nous témoignâmes mutuellement la joie que nous avions de noos revoir ; mais le temps et le heu ne nous permettant pas de nous répandre en de longs discours, nous remîmes au lendemain à nous entretenir chez elle plus amplement.
De plaisir de parler est une des plus vives passions des femmes, et particulièrement la mienne.
1 La fameuse comédie, rjuiéossudeur de soi-même. Les Espagnols cultivent peu la tragédie ; toutes leurs Itères de théâtre seul intitulées cumcdtcs.
Je ne pus fermer l’œil de toute la nuit . tant j’avois envie d’èlre aux prises avec Phénice . et de lui faire questions sur questions. Dieu sait si je fus paresseuse à me lever pour me rendre où elle m’avoit enseigné qu’elle demeurait ! Elle étoit logée avec toute la troupe dans un grand hôtel garni, line servante que je rencontrai en entrant, et que je priai de me conduire à l'appartement de Pbénice, me fil monter à un corridor, le long duquel régnoient dix à douze petites chambres , séparées seulement par des cloisons de sapiu et occupées par la bande joyeuse. Ma conductrice frappa à une porte que Phénice, à qui la langue démangeoit autant qu’à moi , vint ouvrir. A peine nous donnâmes-nous le temps de nous asseoir pour caqueter. Nous voilà eu train d’en découdre. Nous avions à nous interroger sur tant de choses , que les demandes et les réponses te surcédoient avec une volubilité surprenante.
Après avoir raconté nos aventures de part et d'autre, et nous être instruites de l’état présent de nos affaires, Phénice me demanda quel parti je voulois prendre; car enfin, me dit-elle, il faut bien faire quelque chose : il n’est fias permis à une personne de ton âge d’étre inutile dans la société. Je lui répondis que j’avois résolu, en attendant mieux , de me placer auprès de quelque Glle de qualité. Fi donc 1 s’écria mon amie, tu n’y penses pas. Est-ii possible, ma mignonne, que tn ue sois pas encore dégoûtée de la servitude 7 n’es-tu pas lasse de le voir soumise aux volontés des autres, de respecter leurs caprices, de t’entendre gronder ; en un mot d’être esclave 7 Que n’embrasses-tu plutôt, à mon exemple, la vie comique ? Rien n’est plus convenable aux personnes d’esprit qui manquent de bien et de naissance. C’est un état qui tient un milieu entre la noblesse et la bourgeoisie, une condition libre et affranchie des bienséances les plus incommodes de la vie civile. Nos revenus nous sont payés en espèces par le public qui en possède le fonds. Nous vivons toujours dans 1a joie, et dépensons noire argent comme nous le gagnons.
Le théâtre, poursuivit-elle, est favorable surtout aux femmes. Dansle'teraps que je demeurais chez Florimonde , j’en rougis quand j'y pense , j’étois réduite à écouter les gagistes de la troupe du prince ; pas un honnête homme ne faisoit attention à ma figure. D’où vient cela ? c'est que je n’étois point vue. Le plus beau tableau qui n’est pas dans son jour ne frappe point Mais depuis que je suis sur mou piédestal, c'est-à-dire sur la scène, quel changement ! Je vois à mes trousses la plus brillante jeunesse des villes par où nous passons. Une comédienne a donc beaucoup d'agrément dans son métier. Si elle est sage , je veux dire si elle ne favorise qu’un amant à la fois , cela lui fait