‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 22 sur 734 · CHAPITRE IX. X · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. X

ctoit de leurs amis. Te banquier, de son côté, ne les mettoit pas en oubli. D’abord qu’il eut filé son établissement, il résolut de s’informer par luimème de la situation où ils pouvoient être. Pour cet effet, après avoir dit à ses domestiques de D’être pas en peine de lui, il partit, il y a quinze jours, à cheval, sans que personne l’accompagnât, et il se rendit au lieu de sa naissance.

Il éloit environ dix heures dn soir , et le bon savetier dormoit auprès de son épouse, lorsqu’ils se réveillèrent en sursaut, au bruit que fit le banquier en frappant à la porte de leur petite maison. Ils demandèrent qui frappoit. Ouvrez, ouvrez, leur dit-il, c’est votre fils Francillo. A d’autres, répondit le bonhomme : passez votre chemin, voleurs, il n’y a rien à faire ici pour vous : Francillo est présentement aux Indes, s’il n’est pas mort Votre fils n’est plus aux Indes, répliqua le banquier ; il est revenu du Pérou : c’est lui qui vous parle , ne lui refusez pas l'entrée de votre maison. Levons-nous, Jacques, dit alors la femme, je crois effectivement que c’est Francillo , il me semble le reconnoltre à sa voix.

Ils se levèrent aussitôt tous deux : le père alluma une chandelle , et la mère, après s’être habillée à la hâte, alla ouvrir b porte : elle envisagea Francillo, et, ne pouvant le mécounoître , elle se jette à son cou, et le serre étroitement entre ses bras. Maître Jacques, agité des mêmes mouvements que sa femme, embrasse à son tour son fils ; et ces trois personnes, charmées de se voir réunies après une si longue absence, ne peuvent se rassasier du plaisir de s’en donner des marques.

Après des transports si doux, le banquier débrida son cheval, et le mit dans une étable où glloit une vache, mère nourrice de la maison; ensuite il rendit compte à ses parents de son voyage, et des biens qu’il avoit apportés du Pérou. Le détail fut un peu long, et auroit pu ennuyer des auditeurs désintéressés : mais un fils qui s’épanche en racontant ses aventures ne sauroit lasser l’attention d’un père et d’une mère : il n’y a pas pour eux de circonstance indifférente , ils l’écoutoient avec avidité , et les moindres choses qu’il disoit faisoient sur eux une vive impression de douleur ou de joie.

Dès qu’il eut achevé sa rebtion, il leur dit qu’il cenoit leur offrir une partie de scs biens, et il pria son père de ne plus travailler. Non, mon fils, lui dit maître Jacques, j’aime mon métier, je ne le quitterai pas. Quoi donc ! répliqua le banquier, n’est-il pas temps que vous vous reposiez? Je ne vous propose point de venir demeurer à Madrid avec moi ; je sais bien que le séjour de la Tille n'auroit pas de charme pour vous : je ne prétends jws troubler votre vie tranquille ; mais, du moins.

épargnez-vous un travail pénible, et vivez ici commodément, puisque vous le pouvez.

La mère appuya le sentiment du fils , et maître Jacques se rendit. Hé bien, Francillo, dit-il, pour te satisfaire, je ne travaillerai plus pour tous les habitants du village; je raccommoderai seulement mes souliers et ceux de monsieur le curé, notre bon ami. Après cette convention, le banquier avala deux œufs frais qu’on lui fit cnirc, puis se coucha près de son père, et s’endormit avec un pbisir que les enfants d’un bon naturel sont seuls capables de s’imaginer.

Le lendemain malin Francillo leur laissa une bourse de trois cents pistoles, et revint à Madrid. Mais il a été bien étonné ce matin de voir tout-àcoup paroltre chez lui maître Jacques. Quel sujet vous amène ici, mon père? lui a-t-il dit. Mon fils, a répondu le vieillard, je te rapporte ta bourse : reprends ton argent ; je veux vivre de mon métier : je meurs d’ennui depuis que je ne travaille plus. Hé bien, mon père, a répliqué Francillo, retournez au village, continuez d’exercer votre profession ; mais que ce soit seulement pour vous désennuyer. Remportez votre bourse, et n’épargnez pas b mienne. Eh 1 que veux-tu que je fasse de tant d’argent? a repris maître Jacques. Soulagez-en les pauvres, a reparti le banquier; faitesen l’usage que votre curé vous conseillera. Le savetier , content de cette réponse, s’en est retourné à Mediana.

Don Clcophas n’écouta pas sans pbisir l’histoire de Francillo ; et il alloit donner toutes les louanges dues au bon cœur de ce banquier, si dans ce moment même des cris perçants n’eussent attiré son attention. Seigneur Asmodée, s’écria-t-il, quel bruit écbtant se fait entendre ? Ces cris qui frappent les airs , répondit le Diable , partent d’une maison où il y a des fous enfermés : ils s’égosillent à force de crier et de chanter. Nous ne sommes pas bien éloignés de celte maison ; allons voir ces fous tout à l’heure, répliqua Leaddro. J’y consens, repartit le démon : je vais vous donner ce divertissement, et vous apprendre pourquoi ils ont perdu b raison. Il n’eut pas achevé ces paroles, qu’il emporta l’écolier sur (a casa de (os l ocos .

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