CHAPITRE X
jolmlre , et qui me dit de prendre la peine de le I A ce nom respectable on me fit passer dans une suivre. Je le suivis. Il me conduisit a une cave arrière-boutique , oit le marchand leuilleloit un qui n’éloit pas éloignée de l’église, et oit il faisoit ! gros registre qui étoit sur un bureau. Je le saluai résidence. Nous y entrâmes tous deux ; et nous respectueusement : Seigneur , lui dis-je , vous étant assis sur un long banc qui avoit pour le voyez le jeune homme que le révérend père Alexis moins cent ans de service, il me tint ce discours : vous a proposé [tour laquais. Ah! mon enfant,
L'nc bonne action trouve toujours sa récompense; me répondit-il , sois le bien venu. Il suffit que tu vous me donnants hier l'aumône , et cela m’a dé- me sois envoyé par ce saint homme ; je te reçois terminé à vous procurer une condition ; ce qui a mon service préférablement à trois ou quatre !asera bientôt fait, s’il plaît au Seigneur. Je connois quais qu’on me veut donner. C’est une affaire déun vieux dominicain , nommé le père Alexis , qui cidée; tes gages courent dès ce jour, est un saint religieux, un grand directeur. J’ai Je n’eus pas besoin d’étre long temps chez co l'honneur d’étre son commissionnaire, et je m'ac- bourgeois pour m’apercevoir qu’il étoit tel qu'on quitte de cet emploi avec tant de discrétion et de me l’avoit dépeint. Il me parut même d’une si fidélité, qu’il ne refuse point d’employer son cré- grande simplicité , que je ne pus m'empêcher de dit pour moi et pour mes amis. Je lui ai parlé de penser que j’auiois bien de la peine à m'abstenir vous , et je l’ai mis dans la disposition de vous de lui jouer quelque tour. Il étoit veuf depuis rendre service. Je vous présenterai à sa révérence quatre années , et il avoit deux enfants , un garçon quand il vous plaira. qui arhevoit son cinquième lustre , et une fille
Il n’y a pas un moment à perdre, dis-je au vieux qui commcnçoit son troisième. La fille, élevée par mendiant , allons voir tout à l’heure ce bon reli- une duègne sévère , et dirigée par le père Alexis , gieux. Le pauvre y consentit, et me mena sur- marchoit dans le sentier de la vertu ; mais Gasie-cbatup au père Alexis , que nous trouvâmes pard Velasquez , son frère , quoiqu’on n'eût rien oéfcupé dans sa' chambre à écrire des lettres spiri- épargné pour cil faire un honnête homme , avoit Uielies. 11 interrompit son travail pour me parler, tous les vices d’un jeune libertin. Il passoil qucl- II me dit qu’à la prière du mendiant il vouloit quefois des deux ou trois jours hors du logis ; et bien s'intéresser pour moi. Ayant appris , pour- si à son retour son père s’avisoit de lui en faire suivit-il , que le seigneur Baltazar Velasquez avoit des reproches , Gaspard lui imposoit silence, en lu besoin d’un laquais , je lui ai écrit ce matin en prenant sur un ton plus haut que le sien, votre faveur, et il vient de me faire réponse qu’il Scipion, tue dit un jour le vieillard, j’ai un fils vous recevrait aveuglément de ma main. Vous qui fait toute ma peine. Il est plongé dans (ouït; pouvez dès ce jour le voir de nia part ; c’est mon sortes de débauches : cela m’étonne , car son édupénitent et mon ami. Là-dessus le moine m’ex- ! cation n’a pas été négligée. Je lui ai donné de horta pendant trois bons quarts d’heure à bien bons maîtres ; et le père Alexis, mon ami , a fait remplir mes devoirs. Il s’étendit principalement tons ses efforts pour le mettre dans le bon rhesur l'obligation où j’élois de servir Velasquez avec min; mais, hélas! il n’a pu en venir à bout : zèle ; après quoi il m’assura qu’il aurait soin de Gaspard s’est jeté dans le libertinage. Tu me diras nie maintenir dans mon poste , pourvu que mon peut-être que je l’ai traité avec trop de douceur maître n’eût point de reproches à me faire. dans sa puberté , et que c’est cela qui l’a perdu.
Après avoir remercié le religieux des bontés Mais non , il a été châtié quand j'ai jugé à propos qu’il avoit pour moi, je sortis du monastère avec d’user de rigueur; car, tout débonnaire que je le mendiant , qui me dit que le seigneur Baltazar suis , je ne laisse pas d’avoir de la fermeté dans les Velasquez étoit un vieux marchand de drap , un occasions qui en demandent. Je l’ai même fait enhomrne riche , simple et débonnaire. Je ne doute fermer dans une maison de force, et il n’en est pas , ajouta-t-il , que vous ne soyez parfaitement devenu que plus méchant. En un mot , c’est un de bien dams sa maison, qu’à votre place je préféré- ces mauvais sujets que le bon exemple, les remonrois à une maison de qualité. Je m’informai de la trances et les châtiments même ne sauraient cordemeure du bourgeois , et je m’y rendis sur-le- riger. Il n’y a que le ciel qui puisse faire ce michamp , après avoir promis au gueux de recon- racle.
noitre ses bons offices sitôt que j’aurais pris Si je ne fus pas fort touché de la douleur de co racine dans ma condition. J’entrai dans une bon- malheureux père , du moins je fis semblant de l'étique, où deux jeunes garçons marchands pro- tre. Que je vous plains, monsieur! lui dis-je. Lu prement vêtus se promenoieot en long et en large, homme de bien comme vous méritoit d’avoir un et faisoient les agréables en attendant la pratique, meilleur fils. Que veux-tu , mon enfant ? me ré- Je leur demandai si le maître y étoit, et leur dis (vondit-ïl. Dieu m'a voulu priver de cette consoque j’avois à lui parler de la part du père Alexis. I lation. Entre les sujets que Gaspard tue donne de
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ine plaindre de lui, poursuivit-il, je te dirai conûdemmenl qu’il y en a un qui me cause beaucoup d’inquiétude ; c’est l’envie qu’il a de me voler, et qu’il ne trouve que trop souvent moyen de satisfaire, malgré n.a vigilance. Le laquais à qui tu succèdes s’entpndoil avec lui, et c’est pour cela que j'ai chassé ce domestique. Pour loi , je compte que tu ne te laisseras pas corrompre par mon fils. Tu épouseras mes intérêts ; je ne doute pas que le père Alexis ne te l’ait bien recommandé. Je vous en réponds, lui dis-je; sa révérence m’a exhorté pendant une heure à n’avoir en vue que votre bien ; mais je puis vous assurer que je n’avois pas besoin pour cela de son exhortation. Je me sens disposé à vous servir fidèlement, et je vous promets enfin un zèle à toute épreuve.
Qui n’entend qu’une partie n'entend rien. Le jeune Velasquez , pc-tit-maitrc en diable , jugeant à ma physionomie que je ne serais pas plus difficile à séduire que mon prédécesseur, m’attira dans un endroit écarté, et me parla dans ces termes : Écoute , mon cher , je suis persuadé que mon père t’a chargé de m’espionner ; il n’y a pas manqué : mais prends-y garde, je t’en avertis, cet emploi n’est pas sans désagrément. Si je viens à m’apercevoir que lu m’observes, je te ferai mourir sous le bâton ; au lieu que si tu veux m’aider à tromper mon père, lu peux tout attendre de ma reconnoissance. Faut-il te parler plus clairement? tu auras ta part dans les coups de filet que nous ferons ensemble. Tu n’as qu’à choisir : déclaretoi dans le moment pour le père ou pour le fils ; point de quartier.
Monsieur, lui répondis-je, vous me serrez furieusement le bouton ; je vois bien que je ne pourrai me défendre de me ranger de votre parti, quoique dans le fond je me sente de la répugnance à trahir le seigneur Velasquez. Tu ne dois l’en faire aucun scrupule, reprit Gaspard; c’est un vieil avare qui voudroit encore me mener à la lisière; un vilain qui me refuse mon nécessaire , en refusant de fournir à mes plaisirs, car les plaisirs sont des besoins à vingt-cinq ans. C’est dans ce point de vue qu'il faut que . tu regardes mon père. Voilà qui est fini, monsieur, lui dis-je; il n’y a pas moyen de tenir contre un si juste sujet de plainte. Je me déclare pour vous , et je m’offre à vous seconder dans vos louables entreprises; mais cachons bien tous deux notre intelligence, de peur qu’on ne mette à la porte votre fidèle adjoint. Vous ne ferez point mal . ce me semble, d'affecter rie me haïr : parlez-moi brutalement devant tout le monde : ne mesurez pas les termes. Quelques soufflets même et quelques coups de pied au cul ne gâteront rien; au contraire, plus vous me donnerez de marques d’aversion, plus le seigneur
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Baltazar aura de confiance en moi. De mon côté, je ferai semblant d'éviter votre conversation. En vous servant à table , je paraîtrai ne m’en acquitter qu’à regret ; et , quand je m’entretiendrai de votre seigneurie, ne trouvez |>as mauvais que je dise pis que pendre de vous. Vous verrez que tout le monde au logis sera la dupe de cette conduite , et qu’on nous croira tous deux ennemis mortels.
Vive Dieu ! s’écria le jeune Velasquez à ces dernières paroles , je t’admire , mon ami ; tu fais paraître à ton âge un génie étonnant pour l’intrigue : j’en conçois pour moi le plus heureux présage. J’espère qu’avec le secours de ton esprit , je ne laisserai pas une pislole à mon père. Vous me faites trop d’honneur, lui dis-je , de tant compter sur mon industrie. Je ferai mon possible pour justifier la bonne opiuion que vous en avez ; et si je ne puis y réussir , ce ne sera pas ma faute.
Je ne tardai guère à faire connoître à Gaspard que j'étois effectivement l’homme qu’il lui falloit ; et voici quel fut le premier serv ice que je lui rendis. Le coffre-fort de Baltazar était dans la chambre de ce bon bomme, à la ruelle de son lit, et lui servoit de prie-dieu. Toutes les fois que je le regardois , il me réjouissoit la vue , cl je lui disois souvent en moi-même : Coffre-fort mon ami , seras-tu toujours fermé pour moi? n’aurai-je jamais le plaisir de contempler le trésor que tu recèles?
I Comme j’allois quand il me plaisoit dans la chambre, dont l’entrée n’étoit interdite qu’à Gaspard, il arriva un jour que j’aperçus son père , qui , croyant n’èlrc vu de personne, après avoir ouvert et refermé son coffre-fort, en cacha la clef derrière une tapisserie. Je remarquai bien l'endroit , et fis part de cette découverte à mon jeune maître , qui me dit en m’embrassant de joie : Ab ! mon cher Scipion, que viens-tu de m’apprendre ! Notre fortune est faite, mon enfant. Je te donnerai dès aujourd'hui de la cire, tu prendras l’empreinte de la clef, et lu me la remettras entre les mains. Je n’aurai pas de peine à trouver un serrurier obligeant dans Cordoue , qui n’est |»as la ville d’Espagne où il y a le moins de fripons.
Eh! pourquoi, dis-je à Gaspard, voulez-vous faire faire une fausse clef quand nous pouvons nous servir de la véritable? Tu as raison , me répondit-il ; mais je crains que mon père , par défiance ou autrement , ne s’avise de la cacher ailleurs, et le plus sûr est d’en avoir une qui soit à nous. J’approuvai sa crainte, et, me rendant à son sentiment, je me préparai à prendre l’empreinte de la clef ; ce qui fui exécuté un beau matin , tandis que mon vieux patrou faisoit une visite au père Alexis, avec lequel il «voit ordinairement de fort longs entretiens. Je n’en demeurai pas là : je me servis de la clef pour ouvrir le coffre fort, qui,
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