CHAPITRE XII. S
sai de regarder d'un œil de cupidité le coffre-fort | que chose d’exiraordiiiaireî Le chevalier sourit à du vieux marchand ; je crois même qu’il n'eflt tenu ; cette question , et m’avoua qu’effectivcmcnt il étoit qu’à moi d’en tirer des sacs , que je n’en aurais occupé d'une conversation sérieuse qu’il venoit rien fait. J’avouerai pourtant qu'il y aurait eu de d'atoir avec la marquise d'Alménara. Je voudrais l’imprudence à mettre à cette épreuve mon inté- ' bien, lui dis-je en souriant, que cette mignonne grilé naissante ; aussi Velasquez s’en garda bien. septuagénaire vouseatfaitunedéclaration d’amour.
Don Manriquedc Mcdrano, jeune gentilhomme, Se pense pas te moquer, me répondit-il ; apprends, etchevalierdcrordred’Alcantara, venoit souvent mon ami, que la marquise m’aime. Chevalier, au logis. Nous avions sa pratique, qui éloit une de m’a-t-ellc dit, je comtois votre peu de fortune nos plus nobles, si elle n’étoit pas une de nos meil- comme votre noblesse; j’ai de l’inclination pour leures. J’euslebonbcurdeplairc a ce cavalier, qui, , vous, et j’ai résolu de vous épouser pour vous tontes les fois qu’il me rencontrait , m’agaçoit tou- mettre a votre aise , ne pouvant honnêtement vous jours pour me faire parler , et paroissoit m’écouter enrichir d’une autre manière. Je sais bien que avec plaisir. Scipion , me dit-il un jour , si j’avois ce mariage me donnera dans le monde un ridicule, un laquais de ton humeur , je croirais posséder un qu’on tiendra surmon compte des discours méditrésor ; et si tu n’appartenois pas à un homme que sants, et qu’enfm je passerai pour une vieille folle je considère, je n’épargnerois rien pour te débau- qui veut se remarier. N’importe, je prétends ntécber. Monsieur , lui répondis-je , vous auriez peu priser les caquets pour vous faire un sort agréable : de peine a y réussir; car j’aime d’inclination les tout ce que je crains, a-t-elle ajouté, c’est que vous personnes de qualité , c’est mou foiblc : leurs ma- n’ayez de la répugnance a répondre à mes intonnières aisées m’enlèvent. Cela étant, reprit don lions.
Manrique , je veux prier le seigneur Baltazar de Voilà , poursuivit le chevalier, ce que m’a dit la conseutir que tu passes de son service au mien : je marquise ; j’en suis d’autant plus étonné, que c’est ne crois pas qu’il me refuse cette grâce. Véritable- la femme de Cordoue la plus sage et la plus raisonment Velasquez la lui accorda d’autant plus facile- nable ; aussi lui ai-je fait réponse que j’élois surinent , qu’il ne croyoit pas la perte d’un laquais pris qu’elle me fit l’honneur de me proposer sa fripon irréparable. De mon côté je fus bien aise de main , elle qui avoit toujours persisté dans la résout changement , le valet d’un bourgeois ne me pa- lution de soutenir jusqu’au bout son veuvage. A roissaut qu’un gredin en comparaison du valet quoi elle a reparti qu’ayant des biensconsidérables, d’un chevalier d’Alcantara. I elle étoit bien aise de son vivant d’en faire part à
Four vous faire un portrait fidèle de mon nou- ' un honnête homme qu’elle chérissoit. Vous êtes veau patron, je vous dirai que c’étoit un cavalier apparemment, repris-je, déterminé à sauter le doué de la plus aimable figure, et qui revenoita ' fosséî En peux-tu douter? me répondit- il. La martout le monde par la douceur de ses mœurs et par quise a des biens immenses , avec les qualités du son bon esprit. D’ailleurs , il avoit beaucoup de va- cœur et de l’esprit. Il faudrait que j’eusse perdu le lettre! de probité: il ncluimauquoit que du bien ; jugement pour laisser échapper un établissement mais , cadet d’une maison plus illustre que l icite , si avantageux pour moi. il étoit obligé de vivre aux dépens d’une vieille J’approuvai fort le dessein où mon maître étoit tante qui demeurait à Tolède, et qui, l’aimant de profiter d’une si belle occasion de faire sa forromme un lils, avoit soin de lui faire tenir l’argent tune , et même je Ini conseillai de brusquer les dont il avoit besoin pour s’entretenir. Il étoit tou- choses , tant je craignois de les voir changer, jours vêtu proprement: on le rccevoit fort bien Heureusement 1a dame avoit encore plus que moi l>arlout. 11 voyait les principales dames de la ville, cette affaire a cœur ; et bien loin de la négliger, et entre autres la marquise d’Alménara. C’élo t elle donna de si bons ordres , que les préparatifs une veuve de soixante-douze ans , qui , par ses mr- de sou hyménée furent bientôt faits. Dès qu’on sut nières engageantes et les agréments de son esprit , dans Cordone que la vieille marquise d'Alménara attirail chez elle toute la noblesse de Cordoue : 1. s se disposoit à épouser le jeune don Manrique de hommesainsiquelcsfemmesscplaisoientàsoDcn- Medrano, les railleurs commencèrent à s'égayer tretieu, et l’on appeloit sa maison la tonne coin- aux dépens de cette veuve ; mais ils eurent beau paqnie. • s’épuiser en mauvaises plaisanteries , ils ne la dé-
Âlon maître étoit un des plus assidus courtisans tournèrent point de son entreprise ; die Laissa partie celte dame. L’n soir qu’il venoit de la quitter, lcr toute la tille, et suivit son chevalier a l’aulel. il me parut avoir un air animé qui ne lui étoit pas Leurs noces furent célébrées avec un éclat qui ordinaire. Seigneur, lui dis-je, vous paraissez bien fournit une nouvelle matière à la médisanre. In agité; voire lidèle serviteur peut-il vous en deman- mariée , disoil-on , aurait do moins dû par poeler la cause ? Ne vous seroit-il point arrivé quel- deur et par bienséance supprimer la pompe et le
fracas, qui ne contiennent point du tout aux vieilles veines qui prennent de jeunes époux.
La marquise , an lieu de se montrer honteuse d’être à son âge femme du chevalier, se livrait sans contrainte à la joie qu’elle en ressentait. 11 y eut cbei die un grand repas accompagné de symphonie, et la fête finit par un bal où se trouva toute la noblesse de Gordooe de l'un et de l’autre sexe. Sur la fin du bal, nos nouveaux mariés s’e- l chappèrent pour gagner un appartement où ils s’enfermèrent avec une femme de chambre et moi ; ce qui fournil à la compagnie un nouveau sujet d'accuser la marquise d’avoir du tempérament ; mais cette dame étoit dans une disposition bien différente de celle où ils la croyoient tous. Aussitôt qu elle sc vit en particulier avec mon maître , elle lui adressa ces paroles : Don Manrique, voici votre appartement ; le mit a est dans un autre endroit de cette maison; nous passerons la nuit dans des chambres séparées, et le jour nous vivrons eosemble comme une mère et son fi b. Le chevalier y fut trompé d’abord : il crut que la dame ne parloit ainsi que pour l'engager à lui faire une douce violence; et, s'imaginant devoir par politesse paraître passionné, il s'approcha d'elle et s’offrit avec empressement à loi servir de valet de chambre ; mais , bien loin de lui permettre de la déshabiller, elle le repoussa d’un air sérieux, et lui dit: Arrête! , don Manrique; si vous me prenez pour une de ces tendres vieilles qui se remarient par fragilité , vous êtes dans l’erreur : je ne vous ai point épousé pour vous faire acheter les avantages que je vous fais par notre contrat de mariage; ce sont des dons purs de mon ccrur, et je n’exige de votre rcconnoissance que des sentiments d’amitié. A ces mots elle nous laissa , mon maître et moi , dans notre apparte- : ment , et se relira dans le sien avec sa suivante , en défendant absolument au clicvalier de l’accom-
pagner.
Après sa retraite, nous demeurâmes , don Man* rique et moi , fort étourdis de ce que nous ve- J nions d’entendre. Scipion , me dit mon maître , te scrois-tn attendu au discours que la marquise vient de me tenir? Que penses-tu d’une pareille dame ? Je pense , monsieur, que c’est une femme comme il n’y en a point. Quel bonheur pour vous de l’avoir ! C’est posséder un bénéfice sans être tenu d’acquitter les charges. Pour moi , reprit don Manrique , j’admire une épouse d’un caractère si
estimable , et je prétends compenser par tontes les attentions imaginables le sacriGre qu’elle fait à
sa délicatesse. Nous continuâmes à nous entretenir
de la dame , et nous allâmes ensuite nous reposer, moi sur un grabat dans une garde-robe . et mon maître dam un beau lit qu’on lui axoit préparé, 1
et où je crois qu’au fond de son âme il ne fut pas fâché de coucher seul , quoiqu’il se sentît assez reconnoissant pour oublier l’âge d’une femme si généreuse.
Les réjouissances recommencèrent le jour suivant , et la nouvelle mariée parut de si belle humeur. qu’eîle donna beau jeu aux mauvais plaisants. Elle rioit toute la première de ce qu’ils disoient ; elle excitoit même les rieurs à s’égayer, en se prêtant de bonne grâce à leurs saillies. Le chevalier, de son côté, ne se montrait pas moins cornent que son épous? ; et l’on eût dit , à Pair tendre dont il b regardoit et lui parloit , qu’il étoit dans le goût de la vieillesse. Les deux époux eurent le soir une nouvelle conversation , où il fut décidé que, sans se gêner l’un l’antre, ils vivraient de la même façon qu’ils a voient vécu avant leur mariage. Cependant il faut donner cette louange à don Manrique, qu’il fit. par considération pour sa femme, ce que peu de maris eussent fait à sa place; il abandonna une petite bourgeoise qu’il aimoit et dont il étoit aimé, ne voulant pas entretenir un commerce qui eût semblé insulter à la conduite délicate que son épouse tcuoit avec lui.
Tandis qu’il donnoit de si fortes marques de reconnoissance à cette v ieille dame , elle les payoit avec usure , quoiqu’elle les ignorât. EUc le rendit maître de son coffre-fort , qui valoil mieux que celui de Velasquez. Comme elle avoit réformé .sa maison pendant son veuvage , eHe la remit sur le même pied où elle avoit été du v ivant de sou premier époux ; elle grossit son domestique , remplit ses écuries de chevaux et de mules ; en un mot , par ses généreuses bontés, le chevalier le plus gueux de l’ordre d’Alcantara en devint le plus riche. Vous me demanderez peut-être ce que je gagnai à tout cela : je reçus cinquante pistoles de ma maîtresse, et cent de mon maître, qui de plus me fil son secrétaire avec quatre cents écus d'appointements; il eut même assez de confiance en moi pour vouloir que je fusse son trésorier.
Son trésorier! m’écriai-je en interrompant Scipion dans cct endroit . et en faisant un éclat de rire. Oui , monsieur, répliqua-t-il d’un air froid et sérieux , oui , son trésorier ; j’ose même dire que je me suis acquitté de cet emploi avec honneur. Il est vrai que je suis peut-être redevable de quelque chose à la caisse ; car, comme je prenois dedans mes gages d’avance , et que j’ai quitté brusquement le service du chevalier, il n’est pas impossible que le comptable soit en reste ; en tout cas, c’est le dernier reproche qu’on ait à me faire . puisque j’ai toujours été depuis ce temps-là plein de droiture et de probité.
J'étois donc, poursuivit le fils de la Coscolina,