CHAPITRE IV
Le pèro de Guzman se marie, et meurt peu de temps apres son mariage. Suite de celle mort.
Après la mort du commandeur, à qui Dieu fasse miséricorde , sa chaste veuve eut un galant, et moi un père tout retrouvé , dans la personne du Génois, qui devint à son tour le patron de la case. Cette habile femme avoit eu l’adresse de leur persuader à tons deux en particulier que j’élois leur fils, tantôt en disant à l’un que j’étois sa vivante image . et tantôt en disant à l’autre que lui et moi nous nous ressemblions comme deux œufs. Heureusement je ne pouvots manquer d’être d’un sang noble , soit que je dusse mon existence au commandeur, soit que je fusse de la façon du Génois. Pour du côté maternel, je suis d’une noblesse incontestable. J’ai cent fois ouï dire à ma mère que mon aïeule, qui toute sa vie s’étoit piquée de chasteté comme elle, comptoit parmi ses alliés tant d'illustres seigneurs, qu’on auroit pu faire de sa famille un arbre généalogique aussi grand que celui de la maison de Tolède.
Malgré tout cela , je ne voudrais pas jurer que ma discrète mère n’eût point un troisième galant de race roturière : une femme qui ne se fait pas une affaire de tromper un homme est bien capable d’en tromper deux. Mais par instinct , ou sur la bonne foi de ma mère, j’ai toujours regardé le noble Génois comme le véritable auteur de mt naissance. Je puis t'assurer que de son côté, n>on père ou non, il nous aimait, ma mère et moi, ave.; une extrême tendresse. Il le lit assez connoitre par la résolution hardie qu’il s’avisa de prendre : il résolut d’épouser cette dame , que l’on appcloit , dans Séville, la commatulrust. Il n’ignorait pas la réputation qu’elle avoit , ni qu’il alloit «e faire montrer au doigt dans la ville. Qu’importe? c’éloit un homme qui savoit bien ce qu’il faisoir.