CHAPITRE VIII
qu’elle ne lui en fît de nouveaux remerciments ; ce qui causent une extrême joie à ce bon religieux , qui se remettoit à me louer, et qui me croyoit effectivement un garçon intègre cl vertueux , tant il est vrai qu’un saint homme est facile à tromper.
J’étois souvent obligé d'aller demander à la dame des éclaircissements sur des choses dont je ne pouvois être instruit que par elle-même , et cela nous engageoit tous deui dans de longs entretiens. Il falioit me voir alors et m’entendre parler ; j’étois tout sucre et tout miel. Je joignois à l’air du monde le plus respectueux des manières pleines de douceur ; et quand son propre intérêt me forçoit à la contredire, ce qui arrivoit quelquefois , je lui rendois mes contradictions agréables par les tours llatteurs et délicats dont je savois les assaisonner. Il me sembloit que de jour en jour elle prenoit plus de goût à ma conversation. D'abord il y avoit des heures réglées pour nous entretenir de ses affaires domestiques , et c’étoit ordinairement le matin, tandis qu’elle étoità sa toilette, et le soir après son souper. Elle ne s’en tint pas là : elle se mit sur le pied de venir i’après-dinée dans mon cabinet, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre , et d’y passer des heures entières à me parler de toute autre chose que de ce qui concernoit l’administration de scs revenus. Elle en fit tant, qu’à la fin je connus les bonnes intentions qu’elle avoit pour moi. Je feignis long-temps de ne les pas pénétrer; mais quand ces sortes de veuves s’abaissent jusqu'à jeter les yeux sur quelqu’un de leurs domestiques, elles en ont rarement le démenti. Elle fit les trois quarts et demi du chemin , et me dit pour excuser sa foiblesse , que son dessein étoit de m'épouser secrètement. Jt m’abandonnai à ma bonne fortune, et certainement j’en aurais tiré de grands avantages, si j’eusse eu assci de prudence pour la conserver.