‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 463 sur 734 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

serait pas; cc qui inc dispensoil d avoir toute l’attention dont j’aurois eu besoin pour veiller sur ces gaillards , qui valoient bien des forçats pour faire des tours de main.

Je m'attachai à étudier l’humeur et le génie du chevalier, et ne tardai guère à m’en faire aimer ; et même estimer , tout galérien que j’étois. Il se plairait à m’entretenir, et je lui paroissois homme de bon conseil. Il me consultoit quelquefois sur ses affaires les plus importâmes. Connue il arriva un jour qu’U avoit l’air sombre et rêveur : Mon ami , me dit-il , un de mes oncles m’a écrit une

me croire capable de justifier les médisances de Solo. De mon côté , sans faire semblant de pénétrer les soupçons injustes que cc malheureux ai oit inspirés, je continuois à servir avec beaucoup de fidélité, ayant sans cesse les yeux ouverts, pour éviter les pièges que mes ennemis me pourraient tendre. Cependant , avec toute nia vigilance , je fus la dupe de la malice de Soto. A l’instigation de ce scélérat , un valet du chevalier se saisit subtilement d’une assiette d’argent, et la cacha sous mon lit entre doux ais , de façon qu’on nelavovoit point. Je m’aperçus d’abord qu’elle me manquoit;

lettre qui me chagrine et 'm’embarrasse. U sou- je le dis à mon maître d’un air qui dévoit bien baite que je me marie ; il m’en presse , si je veux i lui persuader qu'elle m’avoil été prise. Néanmoins

on ne me crut pas ; on fouilla partout ; et on découvrit enfin où elle étoit. Alors le capitaine, jugeant qucj’éloislc voleur, malgré coque je pouvois alléguer pour ma défense, me condamna à cinquante coups de latte. Mon maître fut touché de la douleur que je fis paraître quand j’entendis prononcer cet arrêt ; et s’opposant à l’exécution , il obtint ma grâce, à condition que s’il m’arrivoil une seconde fois de perdre quelque chose, je paierais le tout ensemble.

Comme je vis par cette aventure que j’avois des ennemis secrets qui travailloicnt sourdement à ma perte , et que j’aurois bien de la peine à me garantir d’une nouvelle surprise , je suppliai trèshumblement le capitaine et mon maître de donner mon emploi à un autre. Le chevalier expliqua mal ma prière ; il s’imagina que je ne voulois quitter j son service que pour me remettre à celui du co- J’étois très-content de mon sort auprès de ce j mite; il m’en sut mauvais gré, et refusa pour me

hériter de tous ses biens. C’est un garçon qui a vieilli dans l’oisiveté de la cour, sans avoir jamais pu se résoudre à subir le joug auquel il veut me lier. Je ne sais quelle réponse faire pour m’excuser honnêtement ; je ne me sens aucun penchant pour le mariage. Monsieur, lui dis-je en plaisantant , si j’étois à votre place, je lui manderais que je ne demande pas mieux .que de me marier, pourvu que ce soit avec une de ses filles. Mon maître fit un éclat de rire à ce trait plaisant , et me dit qu’il s’en servirait pour se débarrasser des importunités de son oncle.

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