‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 482 sur 734 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Don Chérubin retourne à Madrid , où U rencontre par b .tard un homme qui lui dit dea nouvelles de dona Louise de Padilla. Cette dame le Tait entrer au ter. Tire du dur d’Uréde en qualité de secrétaire en second. Connoissance qu'il fait de don Juan de Salaedo. Folble de ce don Juan. Description d'un bat oit don Chérubin se trouve. Il part pour Naples en qualité de courrier extraordinaire du comte d'I'rcnna.

Je no fus pas sitôt 1 Madrid , que le hasard me fit rencootrcr Martin Cinquillo, mon ancien hôte, celui qui m’avoit placé chez dona Ionise de Padilla. Noos nous reconnûmes sans peine l’un et l’autre. Monsieur le bachelier, me dit-il d’un air étonné, est-il possible que je tous revoie sain et sauf après l’aventure qui vous est arrivée ? J’ai cru, je vous l’avoue, que les spadassins qui vous enlevèrent vous avoient ôté la vie ; et dona Louise actuellement tous compte parmi les morts. Que je vais lui causer de joie en lui apprenant que vous virez encore ! Venez demain chez moi , ajouta-t-il , et je vous dirai comment elle aura reçu cette nouvelle.

Curieux de savoir de quelle façon cette dame scrmt affectée de mon retour à Madrid , je ne manquai pas le jour suivant de me rendre chez Cinquillo, où je trouvai la dame Rodriguez qui m’attendoiL D’abord que celte bonne vieille m’aperçut, elle vint au-devant de moi , et m’embrassant la larme il l’œil : Soyez le bien revenu . s’érria-t-elle , seigneur don Chérubin. Hélas ! ma maltresse et moi nous avions perdu 1’ospéranre de vous revoir. Nous nous imaginions que tous les Padilla , irrités contre vous, avoient eu la cruauté de vous sacrifier à leur ressentiment. Que nous nous sommes affligées dans cette erreur Que vous avez coûté de pleurs à dona Louise ! Jugez par h de la joie qu’elle a sentie quand elle a su votre retour. Je viens vous la témoigner de sa part , et vous assurer qu’elle est dans la résolution de contribuer à vous faire un sort agréable.

Ce n’est pas, poursuivit Rodriguez, qu’elle soit encore -dans le goût de vous épouser : grâce au ciel, elle a ouvert les yeux sur l’extravagance de ce mariage , et snr le ridicule qu’il lui donneroil tlans le monde. En un mol, elle n’y pense plus; mais elle veut , par amitié , vous mettre en état de faire fortune , en vous plaçant chez le duc d’Uzède, son parent, et favori dn roi. Elle se (latte d’avoir assez de crédit pour vous faire recevoir parmi les secrétaires de ce ministre. Vous concev ez bien l’importance de ce poste ; et je ne doute pas qne vous ne soyez bien aise de le remplir, à moins que vous n’aycz dessein de vous consacrer au service de l’église. Non, non, lui répondis-je, ce n’est pas là mon intention : je me sens assez de

vertu pour être secrétaire, mais je n’en ai point assez pour devenir un bon prêtre.

Cela étant, reprit Rodriguez, quittez promptement l’habit que vous porte», et prenez-en un de cavalier. C’est ce que je vous promets de faire sans balaticer, lui repartis-je : aussi bien je commence à me dégoûter du préceptorat , qni me parait un métier qu’un honnête homme ne doit faire que par nécessité. Je me fis donc habiller en cavalier, et j’entrai bientôt dans un bureau do ministère, dona Louise n’ayant eu besoin, ponr m’y placer,

I que de dire un mot à sa nièce, dona Marie de Padilla , duchesse d’L’zède.

Dès que je me vis installé dans mon poste, je témoignai à la dame Rodriguez que je serais bien aise d’aller trouver sa maîtresse pour la remercier. Mais cette suivante me dit ; Dona Louise vous en dispense. Après ce qui s’est passé entre vous, elle juge à propos de s’interdire votre vue, de peur de vous evposer encore à quelque désagréable traitement : elle veut vous protéger sans vons revoir , ce que ses parents ne sauroient trouver mauvais ; tenez-lui compte de sa prudence. Je n’ai rien à répondre à cela, lui dis-je, ma chère Rodriguez ; et puisqu'il faut que je renonce au plaisir de rendre de vive voit à dona Louise les grâces que je lui dois, assurez-la du moins de ma part que je suis pénétré de ses bontés. Dans le fond , je n’étois point fâché qne tua protectrice ne voulût pas me voir ; car si je me fusse mis sur le pied d'aller chez elle, et de lui faire ma cour, j'eusse fort bien pu avoir affaire à de nouveaux spadassins , qui m’auroient peut-être encore plus maltraité que les premiers.

Comine j’avois une assez belle main, ayant appris à écrire à Salamanque , on m'occupa dans mon bureau à mettre au net toutes sortes (Fexpéditions. Je fis connoiysance avec les commis, ex même j'eus le bonheur de m’attirer l'amitié de don Juan de Salzedo, premier secrétaire du duc d’izêde, Ce don Juan ne manquoit pas d’esprit ; mais il avoit le défaut d’aimer trop le latin, et de citer à tout propos des passages d’Horace , d’Ovide ou de Pétrone. Toutes Us fois qu'il me voy oit il me parloit en latin , et je lui répondois dans la même langue , pour m'accommoder à son foiblc. Je le charmai par là ; ce qui prouve bien que [tour plaire aux hommes il n’y a qu’à se prêter à leurs inclinations. Don Chérubin , me dit-il un jour, je vous aime, et quand je trouverai l’occasion de vous en donner dis marques, je la saisirai lubcnti anima, le hasard voulut qu’elle s’offrît bientôt : mais il faut dire avant ce qui la fit naître.

Un soir qu’il y avoit lui chez la duchesse d’Uzède , à sou hôtel de la grande place , où se font

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