‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 547 sur 734 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Don Chérubin , Routerncur de don Alexis de Gt-lvcs ,

lits unique du \tcc-rol , rend une visite h lu vioc-

relnr . Conversation qu'il a avec le précepteur de duh

Alexis. Portrait de ce dernier.

Je retournai an p»U i s, où j’allai d’abord chercher 8alzedo. qui, pour m’installer dans mon

poste, me conduisit lui-même à mon appartement, lequel consistoit en trois petites pièces de plainpied, meublées fort proprement, avec une garderobe où il y avuit un lit pour mon valet. Vous nu I serez pas mal logé, comme vous le voyez, me dit don J uan, et vous mangerez en particulier avec le douleur Gaspard de Aldaùa , précepteur de don Alexis si cela vous est plus agréable que d'être servi tout seul dans votre appartement. Ce docteur est un fort honnête ecclésiastique, d’un très- bon caractère, qoi aie manque pas d’esprit, et qui parle latin à ravir. Je répondis que je surfis bien aise de dîner et souper avec un pareil collègue, et cela fut ainsi réglé.

La première démarche que je crus devoir faire pour commencer à m’acquitter de mon devoir, fut d’aller saluer la vice-reine. Salzedo me mena chez elle. Je m’altcndois à un accueil plein de fierté, m’imaginant que la comtesse étoit une femme orgueilleuse et enivrée de sa grandeur. Point du tout : la bonne dame, au contraire, me reçut d’autant plus gracieusement, que don Juan lui avoit déjà fait un magnifique éloge de mon mérite. Elle me fit plusieurs questions, pour juger par mes réponses si on ne lui avoit pas trop vanté mon esprit; mais heureusement pour moi elle fut si contente de mon entretien , qu’elle dit en ma présence à Salzedo : Je vous sais bon gré, don Juan , d’avoir fait un pareil choix. Ce gentilhomme me paroît propre à élever un jeune seigneur. Voilà le sujet qu’il faut pour façonner mon fils, qui , je l'avoue, a peu de disposition à devenir un cavalier parfait. Cela viendra. Madame, dit alors don Juan : don Alexis a un esprit tardif qui se dévelopi>cra peu à peu à l’aide d’un bon gouverneur.

Après avoir eu cette conversation avec la vicereine, je me rendis auprès de mon élève, avec lequel j’en eus une autre qui m’affligea. Je vis que : j’avois affaire à un disciple qui me préparait bien de l’occupaiion ,à un sujet des plus pesants, à un : automate. J’en témoignai mon chagrin au docteur : Gaspard, qui n’en devoit pas avoir moins que moi, à ce qu’il me seinhloil ; cependant il me parut avoir pris son parti là-dessus. Je conviens, me dit-il, qu’il est désagréable pour vous et pour moi d’avoir un écolier imbéeillc ; car don Alexis en , est un véritablement. Il est déjà dans sa quinzième ! année, et il n’est pas capable encore de faire tout i seul la plus simple version , quoique , depuis dixj huit mois que je suis son précepteur, je sue sang ] et eau pour lui enseigner la langue latine. Quelquefois, las de semer sur le sable, j’ai perdu pa- | tience, et demandé mon congé à monsieur le comte; mais il n’a jamais voulu me l’accorder. Seigneur docteur, nf a-t-il toujours dit , de grâce j n’abandonnez pas mon fils. Je sais bien que te

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n’est pas votre faute si jusqu'à prisent il n’a point profité de vos leçons. N’importe , continuel : à force d’entendre répéter les mêmes choses, il pourra bien en retenir quelqu’une, et cela suffira pour lui ; car je ne prétends point en faire un savant. Pour obéir à son excellence, poursuivit le docteur , je demeure donc , et vais toujours mon train. Je donne à mon petit seigneur des thèmes et des versions qu'il fait comme il plaît à Dieu.

Pendant ce lemps-là , je fais bonne chère dans ce palais. Mes honoraires, qui sont assez considérables) me sont exactement payés, et j’attraperai peut-être à la fin quelque bon bénéfice ; car quand on est au service des grands, on n’est pas toujours mal récompense*. Imiïcz-moi , seigneur don Chérubin^ continua-t-il. lié! fiourquoi prendre les choses si fort à coeur? Conduisez dans le monde don Alexis ; reprenez-le lorsqu’il fera des actions répréhensibles , ou qu’il dira quelque sottise; et moquez-vous du reste. Si notre élève n’est qu’une bêle naturellement, nous n'y saurions que faire. Voyez ses autres maîtres : sont-ils plus avancés que nous? Non , vraiment. L’un ne peut lui apprendre la musique, ni l’autre les principes de la danse, quoiqu’il y ait quinze mois qu’ils lui montrent. Pensez-vous que cela les chagrine? Nullement. Ils donnent à tout hasard leurs leçons au sot, et en font une vache à Mit.

C’est ainsi que le Galicien m’exhortoit à me consoler des mauvaises dispositions de don Alexis, et je trouvois en effet qu’il avoit raison. Je commençai donc ii exercer mon ministère à telle fin que de raison. Je m’attachai , avant toutes choses, à gagner l’amitié de mon petit homme par des manière douces et insinuantes , et j’y réussis en peu de jours. 11 est vrai que je ne lui tins que des discours plus propres à le divertir qu’à l’instruire, de peur de lui déplaire en dogmatisant.

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