CHAPITRE XLIX. C
réponse, ouvrit de grands yeux pour me cousulércr. Je lui adressai la parole pour le faire parler, et pour sonder son esprit, qui me parut bien enfoncé dans la matière. Tandis que je l'eniretenois, son précepteur, qui étoit un homme hérissé de latin, citoit des passages de Virgile et d'Horace; et don Juan, qui ne demandoit pas mieux que d'en faire autant, se répandoit aussi en citations latines. Après qu'ils s'en furent donné tous deux au cœur joie, Salzedo me dit : Seigneur don Chérubin , retournez à votre hôtellerie pour vous préparer à venir ici demain vous installer dans votre poste : vous y trouverez un appariement convenable à la place que vous devez remplir.
Je fis aussitôt la révérence à la compagnie , et regagnai le Basilic , où mon valet m’atteudoit avec la dernière impatience pour apprendre le succès de ma visite. Toston , lui dis-je , il faut aller demeurer au palais du vice-roi. Je suis gouverneur de don Alexis. Je n'eus pas sitôt prononcé ces paroles, que , s’abandonnant à une joie immodérée , il se mit à faire des sauts et des bonds devant moi comme un fou. Quand il fut las de sauter, il s’arrêta pour prendre baleiuc , et me dit : Nous voilà donc , Dieu merci , en train , vous de grossir votre fortune , et moi de commencer la mienne ; car je compte que l’un n’ira pas sans l’autre. Tu as raison , lui répondis-jc , mon ami : si j’acquiers dans ce pays-ci des richesses, je t’assure que je t’en ferai part. Cette promesse remit Toston en humeur de sauter.
Tendant qu’il faisoit de nouvelles gambades. Morales , qui survint , demanda pourquoi il se réjouissoit tant. Je lui en dis le sujet, et lui fis un détail circonstancié des avantages attachés à mon emploi. Mon hôte en fut ébloui ; et , me regardant déjà comme un haut et puissant seigneur, il me pria de lui accorder ma protection. Ce qu’il y a de plaisant , c’est que je la lui donnai d’un air sérieux, en lui faisant de sincères protestations de lui rendre service si j’en trouvois l’occasion. Le jour suivant, après avoir chargé Toston du soin de faire porter mes bardes à ma nouvelle demeure* je dis adieu à ma belle hôtesse, qui me parut un peu mortifiée de notre séparation, quoiqu’elle n’eôt pas grand sujet de l’étre , ne perdant en moi qu’un homme qui refusoit de sacrifier à ses appas.