‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 565 sur 734 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

belle. Par ce moyen, le désordre cessa, et 1a paix vos affaires en ce pays-là, qui d’ailleurs est un fut rétablie, tant dans la ville que dans le couvent, des plus délicieux de l’Amérique.

Ainsi la mère Angola fut obligée de rester simple Je partis donc de Cuatimala chargé d’une lettre religieuse, et de se contenter d’étre la plus jolie du père Valentin pour le vieux curé de Petapa. de sa communauté ; ce que plus d’une de ses J’étois monté sur un mulet des écuries de notre compagnes auroit préféré peut-être à l’honneur couvent, et un Indien à pied m’accompagnoit. d’étre supérieure. Pour suivre exactement les instructions que le

prieur m’avoil données, je m’arrêtai à Mixco, village voisin de Petapa , et j’y demeurai jusqu’au lendemain, pour laisser le temps aux alcades et aux régidors , que je fis avertir de mon arrivée , de se préparer à me recevoir comme ils reçoivent ordinairement les prêtres ou les religieux qui viennent pour être leurs pasteurs ; je veux dire . avec une pompe qui marque bien le respect et la considération qu’ils ont pour eux. Ils vinrent meura le plus sot après cette aventure , qui lit un j donc le jour suivant une lieue au-devant de moi éclat terrible dans la ville de Gualimala. Ce pré- avec des chanteurs, des trompettes et des joueurs lat , que je n’ai pas revu depuis ce temps-là , fut ] de hautbois. Outre cela, je trouvai en entrant si mortifié d’avoir eu le démenti dans une affaire ; dans la bourgade des arcs de triomphe dressés si intéressante pour sa grandeur, qu’il prit le 1 avec des branches d’arbres , et les rues par où je parti de se tenir enfermé dan9 son palais pour 1 de vois passer étoient jonchées de fleurs, dérober sa confnsion aux regards malins du pu- 1 Je fus ainsi conduit en cérémonie jusqu'au blic. De mon côté, je n’étois guère moins bon- i presbytère, où le père Étienne, après avoir lu leux que lui , tout moine que j’étois : je n’osois ; ma lettre de créance , me lit une réception telle me montrer ; car, comine on me connoissoit dans , que l’auroit pu souhaiter un pasteur plus vain la ville pour un homme auquel il n'avoit pas tenu 1 que moi. Ce bon jacobin , quoique dans an âge que b mère de Montalvan n’eût été supérieure , ; avancé, paroissoit encore robuste, et jouissait ma vue m’auroit peut-être attiré des huées. Pour j d’une vieillesse exemple d’infirmités. Avec tout le tout l’or du monde, je n’aurois pas voulu prêcher bon sens qu’il avoit eu dans ses beaux jours, il alors à Gualimala, m’imaginant qu’on ne- m’y re- cooservoit une humeur gaie qui le rendait agréagardoit plus que comme un secret agent du soi- blc dans la société. Je vois bien par cette lettre , gneur don François de Castro. Cette pensée nie me dit-il, que le père Valentin me donne un sucfaisoit tant de peine , que je résolus d’abandonner ccsscur qui fera bientôt oublier ma perle aux le séjour de cette ville, quelque agréable qu’il habitants de Petapa.

fût. J’en ai bien de b joie , coutinua-t-il , et je par-

Je communiquai mon dessein au père prieur, tirois d’ici dès demain pour aller achever macarqui, jugeant comme moi qu’a près ce qui s’étoit ; rière dans la sainte oisiveté de quelqu’un de nos passé, j’avois effectivement raison d’avoir envie cloîtres, si vous n’aviez pas besoin de moi; mais de m’éloigner de G uatiniala , médit: Père Cyrille, je vous suis nécessaire pour vous enseigner le je suis de votre sentiment. Vous ferez bien de proconchi , qui est le langage des Indiens , et disparoitre pour quelque temps. Le père Bonifacc, qu’il faut absolument qu'un curé sache dans cette après vous le meilleur prédicateur de notre ordre, bourgade, où l’on ne parle guère espagnol , les prêchera ici pendant votre absence. J'ai, pour- officiers et la noblesse étant presque tous de race suivit-il , un établissement solide à vous proposer, indienne. Le talent que vous avez pour prêcher Vous savez que nous sommes colbtcurs de près- vous sera inutile ici , à moins que vous n’appreniez que toutes les cures des environs de Guatiinala ; le proconchi. Est-ce que le père Valentin ne vous je vous offre la plus considérable , qui est celle de l'a pas dit? Pardonnez-moi vraiment, lui répon- JVlapa, grosse bourgade à si* lieues d’ici. Le pire | dis-je, il m’en a représenté la nécessité : mais il Étienne, un de nos religieux, qui la possède de- 1 m'a dit en même temps que vous me l’enseigneriez puis plus de trente années, a besoin de repos, et en moins de trois mois. Il vous a dit vrai , reprit demande un successeur. Allez le trouver, et ser- te frère Étienne. Je possède cet idiome à fond, vcz-lui de coadjuteur jusqu'à ce qu’il vous aban- J’ai même composé une grammaire et un dictiondonne sa place; ce qu’il ne manquera pas de faire uairc eu bogue indienne, et ces deux ouvragesaussitôt qu’il vous aura enseigné b langue des uni l’honneur d’avoir l'approbation de l’acadéiuio Indiens. Je vous promets que vous ferez fort bien de Pelai».

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