CHAPITRE LXVIII
Don Chérubin , de retour à Mexico, rend compte à don Juan de SaUedo de tou voyage. De la joie qu'eut ce secrétaire de le voir en état d'étrc son gendre. Du nouvel emploi qu’il lui fit obtenir, et du bon avis qu'il lui donna.
J’allai avec empressement trouver Salzcdo pour l’informer de la rencontre imprévue que j’avois faite , et dont j’avois oublié de lui faire le récit la veille. Je l’abordai avec une agitation qui lui apprit d’avance que j’avois quelque nouvelle intéressante à lui annoncer. Qu’avez-vous , don Chérubin, me dit-il, pour être si ému? Vous scroil-il arrivé quelque chose d’extraordinaire? Oui, seigneur, lui répondis-je, cl vous ne vous attendez pas au récit étonnant que j’ai à vous faire. En même temps je lui détaillai ce qui venoit de se passer au désert entre Monchique et moi.
Don Juan m’écouta sans m’interrompre , après quoi m’embrassant avec transport : Que cette nouvelle m’est agréable! s’écria-t-il. L’obstacle qui s’opposoit au repos de ma vie est doue levé ! Rien ne peut plus nous empêcher de joindre les liens du sang à ceux de l'amitié. Je suis au comble de mes vœux. En vous parlant de cette sorte, poursuivit-il , je suppose que pour ma fille tuuni semper sauna t pe-ctus amor : car, si depuis que vous ne la voyez plus votre cœur s’étoil engage ailleurs, il seroit triste pour elle d’avoir un mari qui lie l’aimât point.
Je protestai à Salzcdo que je n’avois point changé de sentiment, et là-dessus il me promit de nouveau la main de dona Blanca. Je fis, comme vous pouvez penser, les reiiicrcimenls qucjcdcvois à un homme qui , pouvant marier sa fille à quelque seigneur de la cour , on bien à quelque coutador mayor, nedédaignoit pas mon alliance, ou plutôt qui la désiroil avec autant d’ardeur que si elle eût été très-avantageuse pour lui.
Je lui témoignai ma rceonnoissancc dans des termes qui lui firent connoîtrc que j’étois encore plus touché de l’affection qu’il me marquoit que de la dot de Blanche, quelque considérable qu’elle pût être. Je suis persuadé , me dit-il, de la sincérité de vos sentiments ; et si je ne consultois que mes désirs, vous seriez avant huit jours l’épouxde ma fille ; mais une raison que je vais vous dire m’oblige à différer ce mariage de quelques mois. Don Alexis prendra bientôt b roble virile, je veux