‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 578 sur 734 · E SALAMANQUE · texte numérisé non relu

E SALAMANQUE

dire qu'il n’aura plus de gouverneur. J’attends ce temps-là pour vous procurer un poste plus important cpie le vôtre, et, permettez-moi de vous le dire, plus digne d’un cavalier qui doit être mon gendre.

En attendant , ajouta-t-il , je vous permets de revoir ma fille comme auparavant, et d’avoir avec elle des entretiens convenables à deux personnes qui sont à la veille de sc lier l’une à l’autre par des nœuds éternels. Je ne négligeai point cotte permission. Je revis Blanche, qui, me recevant en amant qui avoit l’aveu de son père, prit un peu d’amour pour moi, en m’en inspirant beaucoup pour elle.

J’étois en peine de savoir quelle nouvelle place mon beau-père futur désiroil que j’eusse pour mériter l’honneur qu’il me vouloit faire, lorsqu’il entra un malin dans ma chambre, en me disant d'un air gai : Mon fils (car il ne m’appeloit plus autrement), atbo die J notanda ( a pif ta ! Vous u'èles plus gouverneur de don Alexis. Ce jeune seigneur est à présent maître de scs actions , et vous mon collègue. Le vice-roi , pour récompeuser les soins que vous avez pris de l’éducation de son fils, consent que je vous associe à mon travail , et que vous partagiez avec moi le litre de premier secrétaire de la vice-royauté. C’est une grâce que je lui ai demandée, et que je viens d’obtenir. Ne me dites point que, vous sentant incapable de vous bien acquitter de mon emploi, vous avez de la répugnance à vous en mêler. Que mes fonctions uc vous épouvantent pas : ce n’est point la magic noire. Il ne faut pour remplir ma place que de l’ordre et du bon sens. Soyez sur cela sans inquiétude. Je vous aurai bientôt mis au fait des affaires les plus difficiles.

Sur celte assurance , je perdis tout-à-coup l’aversion que j’avois eue jusqu’alors pour les bureaux , et je répondis à Salzedo que véritablement mon incapacité me faisoit peur; mais, puisqu’il n’en étoit point effraye, que je ferois ce qu’il voudrait, comptant bien qu’il m’aiderait de ses conseils , ou, pour parler plus juste , qu’il me mènerait par la lisière. Sitôt qu’il me vit déterminé à faire ce qu’il désirait, il me conduisit au vice-roi, auquel il me présenta comme son collègue cl sou gendre. Son excellence approuva le dessein qu’il avoit de m’associer à son ministère , cl de me faire épouser Bbnche, ne croyant pas, lui dit obligeamment ce seigneur, qu’il pût trouver un sujet plus propre que moi à devenir son gendre et son substitut. Après un discours si flatteur, le comte me dit qu’il m’exhortoit à prendre mon beau-père pour modèle : ce qu’il aurait fort bien pu se dispenser de inc recommander, puisqu’il savoit que je couuoissois tout le mérite de Salzedo.

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