CHAPITRE
moins d'impaticncc de me revoir que j'en avois de les embrasser. C’est là que les accolades et les compliments furent prodigués. Seigneur don Juan, dit ma sœur à Salzedo , quelle joie pour moi de voir un cavalier à qui mon frère a tant d'obligations ! Mais de tous les biens que vous lui avez faits, celui dont je vous tiens le plus de compte, c’est d’avoir lié sa destinée à celle de cette aimable enfant. A ces mots elle jeta scs bras au cou de Blanche , qu’elle avoit déjà plus d’une fois embrassée. Isménie Dt aussi bien des caresses à mon épouse , qui , pour ne pas demeurer en reste avec ces deux dames, leur rendit baiser pour baiser.
D’une autre part , don Gregorio,don Manuel, Salzedo et moi , nous fîmes à peu prés la même scène. Nous n’eûmes tous quatre , 'pendant une heure, qu’un entretien confus et entremêlé d’embrassements.
Après cela nous reprîmes notre gravité , et le nouveau corrégidor eut tout lieu d’être satisfait des discours obligeants qui lui furent adressés tant par les dames que par les cavaliers. Aussi me dit-il plus d’une fois en particulier qu’il étoit charmé de mes beaux-frères , et encore plus de leurs femmes , qui lui paroissoient , disoit-il , avoir des manières de princesses. Je ris en moi-même de sa pensée , ou , pour mieux dire , de celle qui me vint là-dessus ; car je songeai dans le moment aux sources où elles avoient puisé leurs grands airs. Nous nous reposâmes quelques jours dans la ferme , où , par la prévoyance de don Manuel , rien ne nous manqua , et nous nous rendintvs enfin à la ville d’Alcaraz , qui n’en est éloignée que de cinq à six lieues.
Notre équipage jeta d'abord de la poudre anx yeux des bourgeois d’Alcaraz. Ce n’est point là ,
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disoit l’un , notre pauvre défunt corrégidor, don Martin Chinchilla , qui n’avoit pour tout équipage que deux vieilles mules dans son écurie. Non, ma foi , disoit l’autre : ce n’est pas nn corrégidor ordinaire, c’est un vice-roi qu’on nous envoie. Le peuple, qui s’étoit mis sons les armes pour recevoir plus honorablement son nouveau magistrat , fit une triple décharge de mousqueterie. Nous allâmes descendre à l’hôtel de Pedrilla , où nous ne fûmes pas sitôt entrés, que tous les supérieurs des ordres religieux vinrent haranguer en latin mon beau-père, qui, pour leur faire voir à qu? ils s'adressoient, leur fit à chacun une réponse dans la même langue ; ce qui donna aux auditeurs une haute opinion de lui. Après les moines , la noblesse lui fit son compliment, et il répondit en homme de cour.
Pour dire le reste en peu de mots , il prit possession de sa charge; et bientôt , par sa prudence, scs soins vigilants , son intégrité, son désintéressement, par ses jugements équitables, et par l’étendue de ses lumières , il lit connoltre aux habitants d’Alcaraz qu’ils avoient pour corrégidor un homme capable de gouverner un état. Comme il joignoit au mérite d’un juge toutes les qualités d'un plant homme , il gagna sans peine l'estime et l’amitié de tout le monde.
C’est avec un semblable beau-père que j’ai le bonheur de vivre actuellement , tantôt à Alcaraz chez don Manuel , tantôt au château d’Elchc , qui n’est qu’à trois petites lieues de la ville , et duquel nous avons fait acquisition des deniers des Mexicains ; ou bien au château de don Gregorio de Clévillente , dont l’épouse s’accorde à merveille avec la mienne, quoiqu’elles soient toutes deux belles-sœurs.
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RIVAL DE SON MAITRE
COMÉDIE
Hepretenlèe, pour la première foin, le 15 mars 1707