II. orgon d La Branche
Et toi , coquin ! voilà donc comme tu fais les commissions que je te donne?
LA BRANCHE
Allons, monsieur, allons, bride en main, s'il vous plaît : ne condamnons point les gens sans les eu tendre.
M. ORGON
Quoi I tu voudrais soutenir que tu n’es pas un maître fripon?
la branche feignant de pleurer.
Je suis un fripon, fort bien; voyez les douceurs qu'on s'attire eu servant avec affection I VALÈRE d Crispin.
Tu ne demeureras pas d'accord, non plus, toi, que m es un fourbe, un scélérat?
CRISPIN avec un fort emportement.
Scélérat ! fourbe 1 Que diable , monsieur, vous me prodiguez des épithètes qui ne me conviennent point du tout.
VALÈRE
Nous aurons encore tort de soupçonner votre fidélité, traîtres?
K, ORGON ù La Branche et d Crispin.
Que direz-vous pour vous justifier, misérables?
LA BRANCHE
Tenez, voilà Crispin qui va vous tirer d’erreur.
CRISPIN' d M. Oronte.
La Branche vous expliquera la chose en deux mots.
LA BRANCHE
Parle, Crispin, fais-leur voir notre innocence.
CRLSPIN.
Parle loi-méme, La Branche : tu les auras bien tOt désabusés.
LA BRANCHE
Non, non, tu débrouilleras mieux le fait.
CRISm RIVAI.
CRISPE» à M. Oronte et à Valire.
Eh bien ! messieurs, je vais sous dire la chose tout naturellement. J’ai pris le nom de Damis. pour dégoûter, par mon air ridicule, M. et madame Oronte , de l’alliance de M. Orgou , et les mettre par la dans une disposition favorable pour mon maître ; mais, an lien de les rebuter par mes manières impertinentes, j’ai en le malheur de leur plaire. Ce n’est pas ma bute, une fois.
H. ORONTE
Cependant, si on t’aroit laissé faire, tu aurais poussé la feinte jusqu’à épouser ma fille ?
CRISPIN
Non, monsieur; demandez à La Branche ; nous venions ici vous découvrir tout.
YAlfcRE.
Vous ne sauriez donner à votre perfidie des couleurs qui pussent nous éblouir. Puisque Damis est marié , il éloit inutile que Crispin fit le personnage qu’il a fait.
CRISPE»
Eh bien, messieurs, puisque vous ne voulez pas nous absoudre comme innocents, faites-nous donc grâce comme â des coupables. Nous implorons votre honté.
(H se jette aux genoux de M. Oronte .)
La BRANCHE se jetant aussi à genoux.
Oui, nous avons recours à voire démence.
CRISPE* à M. Oronte.
Franchement la dot nous a lentes. Nous sommes accoutumés à faire tics fourberies : pardonnez-nous celle-ci à cause de l'habitude.
M. ORONTE
Non , non , votre audace ne demeurera point impunie.