SCÈNE VI
M. TURCARET. LA BARONNE
M. TURCARET
Voilà une mauvaise connoissance , madame : c’est le plus grand fou et le plus grand menteur que je connoisse.
LA BARONNE
C’est en dire beaucoup.
M. TLRCARET.
Que j’ai souffert pendant cet entretien !
LA BARONNE
Je m’«n suis aperçue.
M. TURCARET
Je n’aime point les malhonnêtes gens.
LA BARONNE
Vous avez bien raison. *
M. TURCARET
J’ai été si surpris d’entendre les choses qu’il a dites, que je n’ai pas eu la force de répondre. Ne l’avez-vous pas remarqué?
LA BARONNE
Vous en avez usé sagement. J’ai admiré votre modération.
M. TURCARET
Moi, usurier? quelle calomn ie 1 LA BARONNE.
Cela regarde plus M. Rafle que vous.
M. TURCARET
Vouloir faire aux gens un crime de leur prêter sur gages!... Il vaut mieux prêter sur gages que prêter sur rien.
LA BARONNE
Assurément.
M. TURCARET
Me venir dire au nez que j’ai été laquais de son grand père ! rien n’est plus faux : je n’ai jamais été que son homme d’affaires.
LA BARONNE
Quand cela seroit vrai ! le beau reproche ! il y a si long-temps... cela est prescrit.
M. TURCARET
Oui, sans doute.
LA BARONNE
Ces sortes de mauvais contes ne font aucune impression sur mon esprit; vous êtes trop bien établi dans mon cœur.
C’est trop de grâce que vous me faites.
LA BARONNE
Vous êtes un homme de mérite.
M. TURCARET
Vous vous moquez.
TURCARET
LA BARONNE
Un vrai homme d’honneur.
M. TURCARET
Oh ! point du tout.
LA BARONNE
Et vous avez trop l’air et les manières d une personne de condition pour pouvoir être soupçonné de ne l’élre pas.