ACTE III . SCÈNE VI
LE MARQUIS
Je le cherche partout, madame; aux spectacles, au cabaret, au bal , au lansquenet : je ne le trouve nulle part. Ce coquin-là se débauche ; il devient libertin.
LA BARONNE
Je lui en ferai des reproches.
Je vous en prie.... Pour moi , je ne change point ; je mène une vie réglée; je suis toujours à table, et l’on me fait crédit chez File et chez Lamorlière parce que l’on sait que je dois bientôt hériter d’une vieille tante, et qu’on me voit une disposition plus que prochaine à manger sa succession.
LA BARONNE
Vous n’étes pas une mauvaise pratique pour les traiteurs.
LE MARQUIS
Non, madame, ni pour les traitants. N’est-ce pas, monsieur Turcarct? Ma tante, pourtant, veut que je me corrige ; et, pour lui faire accroire qu’il y a déjà du changement dans ma conduite, je vais la voir dans l’état où je suis. Elle sera tout étonnée de me trouver si raisonnable, car elle m’a presque toujours vu ivre.
LA BARONNE
Effectivement, monsieur le marquis, c’est une nouveauté que de vous voir autrement. Vous avez fait aujourd’hui un excès de sobriété.
LE MARQUIS
J’ai soupé hier avec trois des plus jolies femmes de Paris. Nous avons bu jusqu’au jour ; et j’ai été faire un petit somme chez moi , afin de pouvoir me présenter à jeun devant ma tante.
LA BARONNE
Vous avez bien de la prudence.
LE MARQUIS
Adieu, ma tout aimable !... Dites au chevalier qu’il se rende un peu à ses amis. Prétez-lc-nous quelquefois, ou je viendrai si souvent ici que je l’y trouverai. Adieu, monsieur Turcarct. Je n’ai point de rancune , au moins. (Lui présentant la main.) Touchez-là : renouvelons notre ancienne amitié. Mais dites un peu à votre âme damnée, à ce M. Rafle, qu’il me traite plus humainement la première fois que j’aurai besoin de lui. {Il sort.)
1 Traiteur du temps.