CHAPITRE XV
pas dessein de borner ma reconnoissance à si peu de chose. Je rendis mille grâces à b dame , el lui jurai que je ne sortirois point de Burgos , sans prendre congé d’elle. Ensuite de ce serment, que je n’avois pas envie de violer, j’allai chercher une hôtellerie. J’entrai dans la première que je rencontrai. Je demandai nne chambre; el, pour prévenir la mauvaise opinion que ma souqucnille pouvoit encore donner de moi, je dis à l’hôte, que, tel qu’il ine voyoit , j’élois en étal de bien payer mon gîte. A ces mots, l’hôte, appelé Manjuelo, grand railleur de son naturel , me parcourant des yeux depuis le haut jusqu’en bas , me répondit d’un air froid et malin , qu’il n’avoit pas besoin de cette assurance pour être persuadé que je ferois beaucoup de dépense chez lui ; qu’au travere de mon habillement, il déinêloit en moi quelque chose de noble, et qu’enlin il ne doutoit pas que je ne fusse un gentilhomme fort aisé. Je vis bien que le traître me railloit; et, pour mettre lin tout-à-coup à ses plaisanteries, je lui montrai ma bourse. Je comptai même devant lui mes ducats sur une table, et je m’aperçus que mes espèces le disposoient à juger de moi favorablement. Je le priai de me faire venir un tailleur. Il vaut mieux, me dit-il, envoyer chercher un fripier; il vous apportera toutes sortes d’habits, et vous serez habillé sur-lechamp. J'approuvai ce conseil , et résolus de le suivre; mais, comme le jour éloit prêt à se fermer, je remis l’empiète au lendemain , et je ne songeai qu’à bieu souper, pour me dédommager des mauvais repas que j'avois faits depuis ma sortie du souterrain