‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 125 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXIII

tlve de I# substance en general , nous venons à nous former des idées d’espèces particulières de substances , en assemblant ees combinaisons d’idées simples, que l'expérience et les observations que nous faisons par le moyen des sens, nous font remarquer existant ensemble , et que nous supposons, pour cet effet, émaner de l'interne et particulière constitution ou essence inconnue de cette substance. C'est ainsi que nous venons à avoir les idées d'un homme , d'un cheval , de l'or , du plomb , de l’eau , etc. , desquelles substances si quelqu'un a aucune autre idée, que celles de certaines idées simples qui existent ensemble, je m’en rapporte à ce que chacun éprouve en soi-même. Les qualités ordinaires qui se remarquent dans le fer , ou dans un diamant , constituent la véritable idée complexe de ccs deux substances, qu’un serrurier ou un joaillier connaît communément beaucoup mieux qu'un philosophe; celui-ci, malgré tout ce qu'il nous dit des formes substantielles, n'a dans le fond aucune autre idée de, ces substances , que celle qui est formée par la collection des idées simples qu'on y observe. Nous devons seulement remarquer que nos idées complexes des substances , outre toutes les idées simples dont elles sont composées, emportent toujours une idée confuse de quelque chose à quoi elles appartiennent, et dans quoi elles subsistent. C'est pour cela que, lorsque nous parldns de quelque espèce de substance, nous disons que c’est une chose qui n telles ou telles qualités; comme, que le corps est une chose étendue, figurée, et capable de mouvement; que l'esprit est une chose capable de penser. Nous disons de même que la dureté , la friabilité et la puissance d’attirer le fer, sont des qualités qu'on trouve dans l’aimant. Ccs façons de parler et autres semblables donnent à entendre que la substance est toujours regardée comme quelque chose de distinct de l’étendue , de la figure , de la solidité, du mouvement , de la pensée et des autres idées qu’on peut observer , quoique nous ne sachions pas ce que c’est.

S 4. /Vous n’avons aucune idée claire de la substance en général.

De lè vient, que lorsque quelque espèce particulière de substances corporelles, comme un cheval , une pierre , etc. , vient à faire le sujet de notre entretien et de nos pensées , quoique l’idée que nous avons de l’une ou de l’autre de ces choses ne soit qu’une combinaison ou collection de différentes idées simples des qualités sen-

sibles que nous trouvons unies dans ce que nous appelons cheval ou pierre ; cependant , comme nous ne saurions concevoir que ccs qualités subsistent toutes seules, ni l'une dans l’autre, nous supposons qu’elles existent dans quelque sujet commun, qui en est le soutien; et c’est ce soutien que nous désignons par le nom de substance, quoique au fond il soit certain que nous n’avons aucune idée claire et distincte de cette chose que nous supposons être le soutien de ces qualités ainsi combinées.

S S. A ous avons une idée aussi claire de l’esprit que du corps.

La même chose arrive à l’égard des opérations de l’esprit , savoir , la pensée , le raisonnement, la crainte , etc. Car , voyant d'un côté qu’elles ne subsistent point par elles-mêmes, et ne pouvant comprendre , de l'autre , comment elles peuvent appartenir au corps ou être produites par le corps , nous sommes portés a penser que ee sont des actions de quelque autre substance que nous nommons esprit. D'où il parait pourtant avec la dernière évidence, que, puisque nous n’avons aucune idée ou notion de la matière, que comme de quelque chose dans quoi subsistent plusieurs qualités sensibles qui frappent nos sens, nous n’avons pas plutôt supposé un sujet , dans lequel existe la pensée , la connaissance , le doute et In puissance de mouvoir , etc. , que nous avons uue idée aussi claire de la substance de l'esprit que de la substance du corps ; celle-ci étant supposée le soutien des idées simples qui nous viennent de dehors, sans que nous connaissions ee que c’est que ce soutien-là ; et l’autre étant regardée comme le soutien des opérations que nous trouvons en nous-mêmes par expérience , et qui nous est aussi tout à fait inconnu. Il est donc évident que l’idée d’une substance corporelle dans lu matière est aussi éloignée de nos conceptions, que celle de la substance spirituelle, ou de l'esprit *. Et, par conséquent, de ce que nous n’avons aucune notion de la substance spirituelle, nous ne sommes pas plus autorisés à conclure la non existence des esprits , qu’à nier , par la même raison , l’existence des corps : car il est aussi rai-

1 « Pour moi , je crois q«e cette opinion de notre fgno- « rance vient de ce qu'on demande une manière de con- « naissance que l’objet ne souffre point. La vrai,’ marque s d’une notion claire et distincte d’un objet, est ie moyen

• qu’on a d’en connaître beaucoup de vérités par des preu- « ve« a priori , comme j'ai montré dans un discours sur > 1a vérité et les idées, mis dans les actes de Leipsig l’an

• ICS4. »

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sonnable d’assurer qu'il n'y a point de corps, parce que nous n’avons aucune idée de la substance de la matière, que de dire qu'il n'y a point d'esprits , parce que nous n'avons aucune idée de la substance d'un esprit

% 6. Des différentes sortes de substances.

Ainsi, quelle que soit la nature abstraite de la substance en général , toutes les idées que nous avons des especes particulières et distinctes des substances , ne sont autre chose que différentes combinaisons d'idées simples qui coexistent par une union il nous inconnue, qui en fait un tout existant par lui-méme. C'est par de telles combinaisons d’idées simples , et non par autre chose , que nous nous représentons à nous-mêmes des espèces particulières de substances. C’est à quoi se réduisent les idées que nous avons dans l'esprit des differentes espèces de substances, et celles que nous suggérons aux autres en les leur désignant par des noms spécifiques , comme sont ceux d’homme , de cheval , de soleil , d eau , de fer etc. Car quiconque entend les termes, se forme d'abord, à l’ouïe de ces noms , une combinaison de diverses idées simples qu'il a communément observé ou imaginé exister ensemble sous telle et telle dénomination : toutes lesquelles idées il suppose subsister, et être, pour ainsi dire , attachées à ce commun sujet inconnu , qui n’est inhérent lui-même A aucune autre chose : quoique en même temps il soit manifeste , comme chacun peut s'en convaincre, en réfléchissant sur ses propres pensées, que nous n’avons aucune autre idée de quelque substance particulière, comme de l'or, d’un cheval, du fer, d’un homme, du vitriol , du pain , etc. , que celle que nous avons des qualités sensibles , que nous supposons Jointes ensemble par le moyen d'un certain sujet , qui sert , pour ainsi dire , de ' soutien à ces qualités ou idées simples qu'on a observé exister jointes ensemble. Ainsi , qu’est-cc que le soleil, sinon un assemblage de ces différentes idées simples, lumière, chaleur, rondeur, ayant un mouvement constant et régulier à une certaine distance de nous; et peut-être quelques autres encore , Belon que celui qui réfléchit sur le soleil ou qui en parle, a été plus ou moins exact A observer les qualités, idées, ou propriétés sensibles, qui sont dans ce qu'il nomme soleil ?

1 Substratum .

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