‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 124 sur 423 · CHAPITRE WHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE WHI

De nos idées complexes de» suhslauces.

S 1. Idées des substances, comment elles sont formées.

L'esprit étant fourni, comme j'ai déjà remarqué , d'un grand nombre d’idées simples qui lui sont venues par les sens , selon les diverses impressions qu'ils ont reçues des objets extérieurs, ou par la reflexion qu'il fait sur ses propres opé- j rations, remarque, outre cela, qu'un certain nombre de ces idées simples vont constamment ensemble ; et qu'étant regardées comme appartenant à une seule chose, clics sont désignées par un seul nom , lorsqu'elles sont ainsi réunies dans un seul sujet, par In raison que le langage est accommodé aux communes conceptions , et que son principal usage est de marquer promptement ce qu'on a dans l'esprit. De la vient que, quoique ce soit véritablement un amas de plusieurs idées jointes ensemble , nous sommes portés , dans la suite , par inadvertance, à en parler comme d'une seule idée simple ■ , et à les considérer comme n’étant effectivement qu’une seule idée; parce que, comme j'ai déjà dit, ne pouvant imaginer , comment ces idées simples ne peuvent subsister 1 par elles-mêmes, nous nous accoutumons à sup- | poser quelque chose qui les soutienne , ou elles subsistent et d'où elles résultent, à quoi, pour cet effet , on a donné le nom de substance *.

5 J. Quelle est notre idée de substance en général.

De sorte que qui voudra prendre la peine de ! se consulter sol-mêmc sur la notion qu'il a de la pure substance en général, trouvera qu'il n’en : a absolument point d'autre que je ne sais quel sujet qui lui est tout à fait Inconnu , et qu’il sup- |iose être le soutien des qualités qui sont capables d'cxcitcr des idées simples dans notre esprit ;

' » Je ne vois rien dans les expressions reçues qui >• mérite d'être taxé d'inadvertance ; et quoiqu'on recou- « naisse un seul sujet et une seule idée , on ne reconnaît « |>oint une seule idée simple. »

* ■ Je crois qu'on a raison de penser ainsi , puisque 1

- d'aliord nous concevons plusieurs prédirais ou attributs « d'un même sujet , cl ces mots métaphoriques de soutien,

- ou de substratum , ne signifient que cela. — C’est plutôt « le concret qui nous vient dan» l'esprit, que les abstrac*

fions, qui sont bien plus difficiles à comprendre ... Ainsi ] • c’est, si je l’ose dire, renverser les choses, que de ■ prendre les qualités, ou autres termes abstraits , pour « ce qu il y a de plus aisé , et les concrets pour quelque » chose de fort difficile. »

qualités qu’on nomme communément des accidents. Eu effet, qu’on demande à quelqu’un ce que c’est que he sujet dans lequel la couleur et le poids existent, il n’aura autre chose à dire, sinon que ce sont des parties solides et étendues. Mais si on lui demande ce que c’est que la chose dans laquelle la solidité et l’étendue sont inhérentes , il ne sera pas moins en peine que l’Indien 1 dont nous avons déjà parlé , qui ayant dit que la terre était soutenue par uti grand éléphant, répondit à ceux qui lui demandaient sur quoi s'appuyait cet éléphant , que c’était sur une grande tortue ; mais étant encore pressé* de dire ce qui soutenait la tortue, il répliqua que c’était quelque chose , un je ne sais quoi qu’il ne connaissait pas. Dans cette rencontre , aussi bien que dans plusieurs autres où nous employons ces mots , sans avoir des idées claires et distinctes de ce que nous voulons dire , nous parlons comme des enfants, à qui l’on n’a pas plutôt demandé ce que c’est qu'une telle chose qui leur est inconnue, qu’ils font cette réponse, fort satisfaisante û leur gré , que c’est quelque chose ; mais , employée de cette manière , ou par des eufants ou par des hommes faits, elle signifie purement et simplement qu’ils ne savent ce que c’est , et que la chose dont ils prétendent parler et avoir quelque connaissance, n’excite aucune Idée dans leur esprit , et leur est par conséquent tout à fait inconnue *. Comme donc toute l’idée que nous avons de ce que notât désignons par le terme général de substance , n’est autre chose qu’un sujet que nous ne connaissons pas , que nous supposons être le soutien des qualités dont nous découvrons l’existence, et que nous ne croyons pas pouvoir subsister sine re subs tan te, sans quelque chose qui les soutienne , nous donnons a ce soutien le nomdc.?!/6.?lfln<7? , qui, rendu nettement en français , selon sa véritable signification , v eut dire ce qui est dessous ou qui soutient.

S 3. Des differentes especes de substances.

Nous étant ainsi fait une idée obscure et rela-

* Lir. U, ch. XIII, § 19.

* « En distinguant deux choses dan» la substance , le» « attribut» ou prédicat», et le sujet commun de ces pré- « dicals , ce n’est pas merveille qu’on ne puisse rien con- « cevoir de particulier dans ce sujet. Il le faut bien, puis- « qu’on a déjà sépare tous ses attribut» où l'on pourrait « concevoir quoique détail.... Cependant cette considéra- ■ liou de la substance , toute mince quelle j tarait , n’est « pas si vide et si stérile qu’on pense. Il en liait plusieurs « conséquences de» plus importantes de la philosophie, et « qui sont capables de lui donner une nouvelle face. *

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