‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 141 sur 423 · HH · texte numérisé non relu

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tions. Ainsi , quand on dit que la reine Élisabeth n vécu soixante-neuf ans et en a régné quarantecinq, ces mots n'emportent autre chose qu'un rapport de cette durée avec quelque autre durée , et signifient simplement que la durée de l'existence de cette princesse fut égale a soixante-neuf révolutions annuelles du soleil , et la durée de son gouvernement, àquaraute-cinq de ees mêmes révolutions; et tels sont tous les mots par lesquels on répond à cette question , Combien Je temps ? T)e même, quand je dis: Guillaume le Conquérant envahit l'Angleterre environ l'an 1066; cela siguifle qu'en prenant Indurée depuis le temps de notre Sauveur jusqu'à présent, pour une longueur entière de temps, on commit a quelle distance de ees deux extrémités fut faite cette invasion. Il en est de même de tous les termes destinés à marquer le tenqis , qui répondent à la question, Quand ? Lesquels montrent seulement la distance de tel ou tel point du temps, à l'égnrd d’une période de plus longue durée, qui nous sert de mesure , et à laquelle nous considérons par là que se rapporte cette distance.

§ 4. Outre ces termes relatifs qu'on emploie pour désigner le temps, il y en n d'autres qu’on regarde ordinairement comme ne signifiant que des idées positives , qui cependant , à les bien considérer, sont effectivement relatifs, comme jeune, vieux, etc., puisqu’ils renferment et signifient le rapport d'une chose avec une certaine longueur de durée, dont nous avons l'idée dans l'esprit. Ainsi, après avoir posé en nous-mêmes que l'idée de la duree ordinaire d'un homme comprend soixante-dix ans : lorsque nous disons qu'un homme est jeune , nous entendons par la, que son âge n'est encore qu'une petite partie de la durée à laquelle les hommes arrivent ordinairement; et quand nous disons qu’il est vieux , nous voulons donner à entendre que sa durée est presque arrivée à la fin dccelleqne les hommes ne passent point ordinairement. Et , par là , on ne fait autre chose que comparer l’âge ou la durée particulière de tel ou tel homme, avec l'idée de la durée que nous jugeons appartenir ordinairement à cette espèce d'êtres. C’est ce qui parait évidemment dans l'application que nous faisons de ces noms à d’autres choses. Car un homme est appelé jeune à l’âge de vingt ans, et fort jeune à l’âge de sept ans : cependant , nous appelons vieux un cheval qui a vingt ans , et un chien qui en a sept, parce que nous comparons l'âge de chacun de ces animaux à diffé-

rentes idées de durée que nous avons fixées dans notre esprit, comme appartenant a ees diverses especes d'animaux, selon le cours ordinaire de la nature. Car, quoique le soleil et les étoiles aient duré depuis quantité de générations d'hommes , nous ne disons pas que ces astres soient vieux , parce que nous ne savons pas quelle durée Dieu n assignée à ees sortes d’êtres. l.o terme de lieux, appartenant proprement aux choses dont nous pouvons observer, suivant le cours ordinaire, que, dépérissant naturellement , elles viennent a finir dans une certaine période de temps, nous avons, par ce moyen-là, une espèce de mesure dans l'esprit, à laquelle nous pouvons eom|iarer les différentes parties de leur durée ; et c'est en vertu de ce rapport que nous les appelons jeunes mi vieilles; et que nous ne saurions faire par conséquent n l'égard d'un rubis ou d'un diamant , parce que nous ne connaissons pas les périodes ordinaires de leur duree.

S b. Les relations de lieu et d'étendue.

Il est aussi fort aise d'observer la relation que les choses ont l'une à l'autre , à l'occasion des lieux qu’elles occupent, et de leurs distances ; comme quand on dit qu'une chose est en haut , en bas, A une lieue de Versailles, en Angleterre, n Londres, etc. Mais il y a certaines idées d'étendue et de grandeur , qui sont relatives, aussi bien que celles qui appartiennent à la durée, quoique nous les exprimions par des termes qui passent pour positils. Ainsi , grand et petit sont des termes effectivement relatifs. Car, ayant aussi fixé dans notre esprit eles Idées de la grandeur de différentes espèces de choses que nous avons souvent observes?*, et cela, par le moyen de celles de chaque espèce qui nous sont le plus connues, nous nous servons de ces Idées comme d’une mesure pour designer la grandeur de toutes les autres de la même espèce. Ainsi, nous appelons une grosse pomme, celle qui est plus grosse que l'espeee ordinaire de celles que nous avons accoutumé de voir : nous appelons de même un petit cheval celui qui n'égale pas l’idée que nous nous sommes faite de la grandeur ordinaire des chevaux ; et un cheval qui sera grand selon l'idée d'un Gallois, parait fort petit A un Elamnnd , parce que les différentes races de chevaux qu'on nourrit dans leurs pays , lmr ont donné différentes idées de ces animaux, auxquelles ils les comparent, et

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