‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 156 sur 423 · LIVRE 11, CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE XXIX

de la maniéré); et parce que ia naissance de ces deux enfants convient dans cette circonstance , en quoi que ce soit qu’elle consiste effectivement Pour fonder la notion de fraternité , comme existant ou n’existant pas entre eux , il me suffît donc de les comparer par l'origine qu’ils tirent d’une même personne , sans que je connaisse les circonstances particulières de cette origine. Mais quoique les idées des relations particulières puissent être aussi claires et aussi distinctes dans l’esprit de ceux qui les considèrent dûment, que celles des modes mixtes, et plus déterminées que celles des substances, cependant , 1rs termes de relation sont souvent aussi ambigus, et d’une signification aussi incertaine, que les noms des substances ou des modes mixtes , et beaucoup plus que ceux des idées simples. C’est que les termes relatifs étant les signes d’une comparaison qui se fait uniquement dans la pensée des hommes , et dont l'idée n’existe que dans leur esprit, ils appliquent souvent ces termes à différentes comparaisons des choses, selon leurs propres imaginations * , qui ne correspondent pas toujours à l’imagination d’autres personnes qui se servent des mêmes roots.

§ 20. La notion de la relation est la même,

soit que la règle à laquelle une action est

comparée soit vraie ou fausse.

le remarque , en troisième lieu , que dans les

1 « Cependant cette explication ne donne aucune raison m de l’amonr que les mères ont ordinairement pour leurs

• entants : on peut donc ajouter que ceux qui ne savent

• point le fondement des relations , n’en ont que ce que

• j'appelle des pensées sourdes, et en partie insuffisantes, « quoique ces pensées puissent suffire à certains égards et - en certaines occasions. •

* 11 me souvient a ce propos d'une plaisante équivoque, fondée sor ce que M. Locke dit id. Deux femmes conversant ensemble , l’une vint k parler d’un ccrtaiu homme de sa connaissance , et dit que c'était un très-bon homme. Mais, quelque temps après, s’étant engagée s le caractériser plus particulièrement , elle ajouta que c'était un homme injuste, de mauvaise humeur, qui, par sa dureté et us manières violentes, se rendait insupportable a sa femme, à ses enfants, et à tous ceux qui avaient affaire avec lui. Sur cela, l'autre personne, qui avait l’esprit juste et pénétrant, surprise de ce nouveau caractère qui lui paraissait incompatible avec le premier, s'écria : Mais n'avex-vona pas dit tout i l'heure que c’était un très-bon homme? Oui vraiment, je i’ai dit, répliqua-t-elle aussitôt; mais je vous assnre, madame, qn’on n'en vaut pas mieux pour être bon : faisant sentir, par le Ion railleur dont elle prononça ces dernières paroles, qu'elle était fort surprise à son tour que U personne qui lui faisait une si pitoyable objection , eût vécu si longtemps dans le monde sans a'étre aperçue d'une eboee si ordinaire ; c’est que , dans le lan-

rclntions que je homme morales , j'ai uue véritable uotion du rapport , en comparant l'action avec une certaine règle, soit que la règle soit vraie ou fausse. Car si je mesure une chose avec une aune , je sais si la chose que je mesure est plus longue ou plus courte que cette aune prétendue , quoique peut-être l’aune dont je me sera ne soit pas exactement juste ; ce qui , à la vérité , est une question tout à fait différente. En effet, quoique la régie soit fausse , et que je me trompe en ta prenant pour bonne , cela n’empêche pourtant pas que la convenance ou la disconvenance , qui se remarque dans ce que Je compare & cette règle , ne me fusse voir la relation. A la vérité, en me servant d’une fausse règle, Je serai engagé par IA A mat juger de la rectitude morale de l'action , parce que je ne l’aurai pas examinée sur ce qui est la véritable règle; mais je ne me trompe pourtant pas A l’égard du rapport qu’a cette action avec la régie & laquelle je la compare, ce qui en fait la convenance ou ia diseonvenance.

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