S. De coexistence
i.a troisième espèce de convenance ou de disconvenance qu’on peut trouver dans nos idées , et sur laquelle s’exerce la perception de l'esprit, c'est la coexistence ou la non coexistence dans le môme sujet ; ce qui regarde particulièrement les substances. Ainsi , quand nous affirmons , au sujet de l’or, qu'il est fixe , la connaissance que nous avons de cette vérité sc réduit uniquement a ceci : que la fixité , ou la puissance de demeurer dans le feu sans se consumer , est une idée qui se trouve toujours jointe avec cette espèce particulière de jaune , de pesanteur , de fusibilité , de malléabilité et de capacité d’étre dissous dans l'eau régale , qui compose l'idée complexe que nous désignons par le mot or.
S 7. 4. D'existence réelle.
La dernière et quatrième espèce de convenance , c’est celle d'une existence actuelle et réelle , qui convient à quelque chose , dont nous avons l’idée dans l'esprit. Toute la connaissance que nous avons ou pouvons avoir , est renfermée , si je ne me trompe , dans ces quatre sortes de convenance ou de disconvenance. Car toutes 1rs recherches que nous pouvons faire sur nos Idées , tout ee que nous connaissons ou pouvons affirmer au sujet de quelque idée que ce soit , c’est qu’elle est ou n’est pas la môme qu’une autre ; qu’elle coexiste ou ne coexiste pas toujours avec quelque autre idée dans le môme sujet ; qu’elle a tel ou tel rapport avec quelque autre idée ; ou qu’elle a une existence réelle hors de l’esprit. Ainsi , cette proposition, Le bleu n'est pas le jaune , marque une disconvenance d’identité; celle-ci, Deux triangles dont la base, est égale , et qui sont entre deux lignes parallèles, sont égaux, signifie une convenance de
rapport ; cette autre , Le fer est susceptible des impressions de l'aimant , emporte une convenance de coexistence ; et ces mots , Dieu existe, renferment une convenance d’existence réelle ’. Quoique l’identité et la coexistence ne soient effectivement que de simples relations, elles fournissent pourtant à l’esprit des moyens si particuliers de considérer la convenance ou la disconvenance de nos idées , qu’elles méritent bien d’étre considérées comme des chefs distincts , et non simplement sous le titre de relation en général ; puisque ce sont des fondements d’affirmation et de négation fort différents, comme il paraîtra aisément à quiconque prendra seulement la peine de réfléchir sur ce qui est dit eu plusieurs endroits de cet essai. Je devrais examiner présentement les différents degrés de notre connaissance , mais il faut considérer auparavant les divers sens du mot connaissance.
S 8. La connaissance est actuelle ou habituelle.
Il y a différents moyens par lesquels l’esprit sc trouve en possession de la vérité , et auxquels on donne le nom de connaissance.
1 . Il y a une connaissance actuelle qui est la perception présente que l’esprit a de la eonvevancc ou de la diseonvcnance de quelques-unes de ses Idées , ou du rapport qu’elles ont l’une a l’autre.
2. On dit, en second lieu, qu’un homme connaît une proposition, lorsque cette proposition ayant été uuc fois présente à son esprit , il a aperçu évidemment la convenance ou la disconvenance des idées dont elle est composée, et qu’il l’a fixée de telle manière dans sa mémoire, que toutes lis fois qu’il vient à réfléchir sur cette
* « Je crois qu'on peut dire que la liaison n’est aulre « chose que le rapport ou 1a relation , prise généralement, n Or, j’ai déjà fait remarquer que tout rapport est ou de « comparaison oii de concours. Celui de comparaison « donne la diversité et l’identité , en tout , ou en quelque •• chose ; ce qui fait le même ou le divers , le semblable on « le dissemblable. Le concours contient ce qu’on appelle a ici coexistence, on connexion d'existence. Mais lorqu’on « dit qu’une chose existe, ou qu elle a l’existence réelle, « cette existence même est le prédicat, c'est-à-dire, elle a « une notion liée avec l’idée dont il s’agit , et il y a cou- « nexion entre ces deux notions. On peut concevoir aussi
- l'existence, de l'objet d’une idée, comme le concours» rie « cet objet «ver moi. Ainsi je crois qu'on peut dire qu’il
- n’y a que comparaison on concours ; mais que la com- « paraison, qui marque rtdentilé ou diversité, et le con- * coure de la chose avec moi , sont les rapports qui rmV
- ritent d’être distingués parmi les autres. »