LIVRE IV, CHAPITRE VIII
C'est sur ce fondement que In connaissance intuitive n’exige ou n’admet aucune preuve, dans une de ses parties plutôt que dans l’autre. Quiconque suppose quelle en a besoin renverse le fondement de toute connaissance et de toute certitude; et celui à qui il faut une preuve pour être assuré de cette proposition , deux sont égaux à deux, et pour y donner son consentement , aura aussi besoin d’une preuve pour pouvoir admettre celle-ci, ce qui est, est. De même, tout homme qui a besoin d’une preuve pour être convaincu que deux ne font pas trois, que le blanc n’est pas noir, qu’un triangle, n'est pas un cercle, etc. , ou que deux autres idées déterminées et distinctes, quelles qu’elles soient , ne sont pas une seule et même idée, aura besoin d’une démonstration , pour pouvoir être convaincu qu’il est impossible qu’une chose soit et ne soit pas.
' § ÏO. Leur usage est dangereux, lorsque nos idées sont confuses.
Or, comme ces maximes sont de fort peu d’usage , lorsque nous avons des idées déterminées , elles sont d’ailleurs d’un usage fort dangereux , comme je viens de le montrer, lorsque nos idées ne sont pas déterminées , que nous nous servons de mots qui ne sont pas attachés à des idées précises, mais dont la signiilcation est vague et inconstante, exprimant tantôt une idée et tantôt une autre; d’où s’ensuivent des méprises et des erreurs que ces maximes ( citées en preuve, pour établir des propositions dont les termes signifient des idées indéterminées) servent à confirmer , et à graver plus fortement dans l’esprit par leur autorité.