‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 271 sur 423 · LIVRE IV, C · texte numérisé non relu

LIVRE IV, C

un B, etc. Un homme peut savoir cela aussi bien qu’aucun maître d'école, sans être pourtant jamais capable de lire un sent root durant le cours de sa vie ; ces propositions, et autres semblables, purement identiques, ne contribuant en aucune manière à lui apprendre à lire , quelque usage qu'il en puisse faire.

Si ceux qui désapprouvent que je nomme frivoles ces sortes de propositions nvaient lu et pris la peine de comprendre ce que j’ai écrit cldessus en termes fort Intelligibles, ils n’auraient pu s’empêcher de voir que , par propositions identiques , je n’entends que celles-là seulement ou le même terme, exprimant la même idée, est affirmé de lui-même. C’est là , à mon avis , ce qu’il faut entendre proprement par des propositions identiques ; et je crois pouvoir continuer d’aflirmer , à l’égard de toutes ces sortes de propositions, que de les proposer comme des moyens d’instruire l’esprit c’est un vrai badinage. Car une personne qui a l’usage de la raison ne peut éviter de les rencontrer, toutes les fois qu’il est nécessaire qu’il en prenne connaissance, et, lorsqu'il en prend connaissance, il ne saurait douter de leur vérité.

Que si certaines gens veulent donner le nom d'identirpse A des propositions où le même terme n’est pas affirmé de lui-même , c’est A d'autres à juger s'ils parlent plus exactement que mol. Ce qu’il y a de certain , c’est que tout ce qu'ils disent des propositions qui ne sont pas identiques ne tombe point sur moi, ni sur ce que j'ai dit, puisque tout ce que j'ai dit sc rapporte aux propositions où le même terme est affirmé de lui-même ; et je voudrais bien voir un exemple où l'on pût se servir d’une telle proposition pour avancer dans quelque connaissance que ce soit. Quant aux propositions d’nnc autre espèce, tout l'usage qu’on en peut faire ne me regarde en aucune manière, parce qu'elles ne sont pas du nombre de celles que je nomme identiques.

S 4. a" Lorsqu’on affirme une partie d'une idée complexe du nom du tout.

En second lieu , une autre espèce de propositions frivoles, c’est quand une partie de l'idée complexe est affirmée du nom du tout, ou, ce qui est la même chose., quand nne partie de la définition est affirmée du mot défini. Telles sont toutes les propositions où le genre est affirmé de l’espèce , et où des termes plus généraux sont affirmés de termes qui le sont moins. Car , quelle Instruction , qu'elle connaissance produit cette

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proposition, le plomb est un métal, dans l'esprit d'un homme qui connaît l’idée complexe que le mot plomb signifie, puisque toutes les idées simples qui constituent l’idée complexe, qui est signifiée par le mot de métal, ne sont autre chose que ce qu’il comprenait auparavant sous le nom de plomb ? Il est bien vrai qu’à l'égard d'un homme qui connaît la signification du mot métal , et non pas celle du mot plomb, il est plus court de lui expliquer la signification du terme de plomb , en lui disant que c’est un métal ( ce qui signifie tout d'un coup plusieurs des idées simples qu’il comprend ), qne de les compter une à une , en lui disant que c’est un corps fort pesant , fusible et malléable.

$ S. Comme lorsqu'une partie de la définition est affirmée du mot défini.

C’est encore se jouer sur des mots que d’affirmer quelque partie d'une définition du terme défini , ou d'affirmer une des idées dont est formée une idée complexe du nom de toute l’idée complexe , comme , tout or est fusible : car , la fùsibillté étant une des idées simples qui composent l'idée complexe que le mot or siguifie-, affirmer du nom d’or ce qui est déjà compris dans sa signification reçue , qu'cst-cc antre chose que jouer sur les mots? On trouverait beaucoup plus ridicule d'assurer gravement, comme nne vérité fort importante , que l’or est jaune : mais Je ne vois pas comment c’est une chose plus importante de dire que l’or est fusible ; si ce n'est que cette qualité n’entre point dans l’idée complexe dont le mot or est le signe dans le discours ordinaire. De quoi peut-on instruire un homme en lui disant ce qu'on lui a déjà dit , ou qu’on suppose qu’il sait auparavant ? Car on doit supposer que je sais la signification du mot dont un autre sc sert en me parlant , ou bien il doit me l’apprendre. Que si je sais qne le mot or signifie cette Idée complexe de corps jaune , lisant, fusible, malléable, ce ne sera pas m'apprendre grnnd’chose que de réduire ensuite cela solennellement en une proposition , et de me dire gravement, tout or est fusible. De telles propositions ne servent qu'A faire voir le peu de sincérité d’un homme qui veut me faire accroire qu'il dit quelque chose de nouveau , en ne faisant que revenir plusieurs fois sur la définition des termes qu'il a déjà expliqués. Mais , quelque certaines quelles soient, clics n’emportent point d’autre connaissance que celle de la signification même des mots.

$ G. Exemples : homme et palefroi.

Éclairons ceci par d’autres exemples : Chaque homme est un animal ou un corps vivant , est une proposition aussi certaine qu’il puisse y en avoir , mais qui ne contribue pas plus n la connaissance des choses que si l’on disait , un palefroi est un cheval , ou un animal qui va l'amble ou qui hennit; car ces deux propositions roulent également sur la signification des mots , la première ne me faisant connaître autre chose, sinon que le corps , le sentiment et le mouvement, ou la puissance de sentir et de se mouvoir sont trois idées que je comprends toujours sous le nom d 'homme , et que je désigne par ce nom-là. De sorte que le nom à' homme ne saurait appartenir aux choses où ces idées ne sc trouvent point ensemble. Comme d’autre part quand on me dit qu*«n palefroi est un animal qui va f amble et qui hennitf on ne m’apprend par là autre chose , sinon que l’idée de corps , le sentiment , et une certaine manière d’aller avec une ccrtaine.espècc de voix, sont quelques-unes des idées que je renferme toujours sous le terme de palefroi ; tellement que le nom de palefroi n'appartient point aux choses où ces idées ne se trouvent point ensemble. Il en est justement de même lorsqu’un terme concret , qui signifie une ou plusieurs idées simples qui composent ensemble l’idée complexe qu’on désigne par le nom d'homme , est affirmé du mot homme . Supposez , par exemple , qu’un Romain eût signifié par le mot homo toutes ces idées distinctes unies dans un seul sujet, eorporcitas , sensibilitas f polentia se movendi9 rationibititaSy risibi filas; il aurait pu, sans doute, affirmer très-certainement et universellement du mot homo une ou plusieurs de ces idées , ou toutes ensemble , mais par là il n’aurait dit autre chose , sinon que , dans son pays , le mot homo comprenait dons sa signification toutes ces idées. De même un chevalier de roman , qui , par le mot de palefroi , signifierait les idées suivantes, un corps d’une certaine figure , qui a quatre jambes, du sentiment et du mouvement, qui va l’amble , qui hennit , et est accoutumé à porter une femme sur son dos , pourrait , avec autant de certitude , affirmer universellement une de ces idées du mot palefroi ou toutes ensemble ; mais il ne nous enseignerait par la autre chose, si ce n’est que le mot de palefroi , en terme de roman , signifie toutes ces idées, et ne doit être appliqué à aucune chose en qui l’une de ces

idées ne se rencontre pas. Mais si quelqu’un me dit que tout être , en qui le sentiment , le mouvement , la raison et le rire sont unis ensemble, a actuellement une notion de Dieu , ou peut être assoupi par l’opium ; une telle personne avance sans doute une proposition instructive , parce qu’avoir une notion de Dieu, ou être plongé dans le sommeil par l’opium , étant deux choses qui ne se trouvent pas renfermées dans l’idée que le mot (['homme signifie , nous sommes instruits, par ees propositions, de quelque chose de plus que de ce que le mot homme signifie simplement ; et , par conséquent, la connaissance que ces propositions renferment est plus que verbale

$ 7. On n'apprend par là que la signification des mots.

On doit supposer qu’avant qu’un homme forme une proposition il entend les termes dont elle est composée : autrement , il parle comme un perroquet , ne songeant qu'à faire du bruit, et à former certains sons qu’il a appris de quelque autre , et qu’il prononce après lui , sans savoir pourquoi , et non comme une créature raisonnable qui emploie ces sons comme autant de signes des idées qu’elle a dans l’esprit. II faut supposer aussi que celui qui écoute entend les termes dans le même sens que s’en sert celui qui parle, ou bien son discours n’est qu’un vrai jargon , un bruit confus et inintelligible. C’est pourquoi c’est se jouer des mots que de faire une proposition qui ne contienne rien de plus que ce qui est renfermé dans l’un des termes ,

* » Ces identiques h demi ont encore nne utilité par- « liculiérc. Par exempte : un homme saye est toujours « un homme ; cela donne à connaître qu’il n'est pas in- « faillible, qu’il est mortel, etc. Une bonne partie des ré* « rites morales, et des plus I telles sentences des anciens

• auteurs, est de cette nature. Elles n’apprennent rien

• bien souvent, mais elles font penser à pro|*oa à ce que « l’ou sait. Cet iarabc de la tragédie latine ,

cul rit potrst aecîdere . quod ruiquam potest ,

« i ne fait que nous faire souvenir de la condition humaine,

• que nous ne devons point nous regarder comme exempts .. des maux ou des faiblesses qui sont le partage de l’hu-

inanité. Cette règle des jurisconsultes : qui jure suo « ulitur, nemini facit injuriam (celui qui use de son « droit ne fait tort à personne) paraît frivole. Cependant « elle a un usage fort bon eu certaines rencontres , et fart '< penser justement à ce qu’il faut. An reste, les proposi- « lions de fait, ou les expérience», comme celle qui dit « que ropium est narcotique , nous mènent plus loin que « les vérités de la pure raison, qui ne peuvent jamais « nous faire aller au delà de ce qui est dan» nos idées « distinctes. »

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