‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 341 sur 423 · V. -Il lui a plu par son infinie miséri · texte numérisé non relu

V. -Il lui a plu par son infinie miséri

• corde de délivrer un très-petit nombre d’hom- « mes de cette condamnation , et, en les laissant « exposés pendant cette vie à la corruption du . péché et à la misère , il leur a donné des assis- « tances qui les mettent en état d’obtenir la « béatitude du paradis qui ne finira jamais. » Plusieurs anciens ont douté si le nombre des damnés est aussi grand qu’on se l’imagine , comme je l’ai déjà remarqué ci-dessus; et il parait qu’ils ont cru qu’il y a quelque milieu entre la damnation éternelle et la parfaite béatitude. Mais nous n’avons point besoin de ces opinions , et il suffit de nous tenir aux sentiments reçus dans l’Église : où il est bon de remarquer que cette proposition de M. Bayle est conçue suivant les principes de la grâce suffisante , donnée à tous les hommes, et qui leur suffit, pourvu qu’ils aient une bonne volonté. Et quoique M. Bayle soit lui-méme pour le parti opposé , il a voulu ( comme il dit à la marge ) éviter les termes qui ne conviendraient pas au système des décrets postérieurs à la prévision des événements contingents.

114. VI. «Il a prévu éternellement tout ce « qui arriverait , il a réglé toutes choses et les a

• placées chacune en son lieu , et il les dirige

■ et gouverne continuellement selon son plaisir:

■ tellement que rien ne se fait sans sa perrnis- -sion ou contre sa volonté , et qu’il peut em- « pécher comme bon lui semble , autant et tou-

• tes les fois que bon lui semble , tout ce qui ne

• lui plaît pas , le péché par conséquent , qui est

• la chose du monde qui l’offense et qu’il dé-

• teste le plus , et produire dans chaque âme

« humaine toutes les pensées qu’il approuve. « Cette thèse est encore purement philosophique, c’est-à-dire , connaissable par les lumières de la raison naturelle. Il est à propos aussi , comme on a appuyé dans la thèse 2 sur ce qui plaît, d’appuyer ici sur ce qui semble bon , c’està-dire , sur ce que Dieu trouve bon de faire. Il peut éviter ou écarter , comme bon lui semble , tout ce qui ne lui plail pas : cependant il faut considérer que quelques objets de son éloignement , comme certains maux , et surtout le péché , que sa volonté antécédente repoussait , n’ont pu être rejetés par sa volonté conséquente ou décrétoire , qu’autant que le portait la règle du meilleur , que le plus sage devait choisir , après avoir tout mis en ligne de compte. Lorsqu’on dit que le péché l'offense le plus, et qu’il le déleste le plus, ce sont des manières de parler humaines. Or Dieu , à proprement parler, ne saurait être offensé, c’est-à-dire, lésé, Incommodé , Inquiété , ou mis en colère ; et il ne déleste rien de ce qui existe , supposé que détester quelque chose soit In regarder avec abomination , et d'une manière qui nous cause un dégoût qui nous fasse beaucoup de peine , qui nous fasse mal nu coeur : car Dieu ne saurait souffrir ni chagrin ni douleur, ni Incommodité; il est toujours parfaitement content et à son aise. Cependant ces expressions dans leur vrai sens sont bien fondées. La souveraine bonté de Dieu fait que sa volonté antécédente repousse tout mal , mais le mal moral plus que tout autre : elle ne l’admet aussi que pour des raisons supérieures invincibles , et avec de grands correctifs qui en réparent les mauvais effets avec avantage. 11 est vrai aussi que Dieu pourrait produire dans chaque âme humaine toutes les pensées qu’il approuve: mais ec serait agir par miracle , plus que son plan , le mieux conçu qu’il soit possible , ne le porte.

IIS. VII. • Il offre des grâces à des gens qu’il « sait ne les devoir pas accepter , et se devoir ren- « dre par ce refus plus criminels qu’ils ne le se- « raient , s’il ne les leur avait pas offertes : il leur «déclare qu’il souhaite ardemment qu’ils les « acceptent, et il ne leur donne point les grâces "qu’il sait qu’ils accepteraient. • Il est vrai que ces gens deviennent plus criminels par leur refus que si l’on ne leur avait rien offert , et que Dieu le sait bien : mais il vaut mieux permet tre leur crime qu’agir d’uue manière qui rendrait Dieu blâmable lui-même , et fêtait que les criminels auraient quelque droit de se plaindre.

4 ESSAIS SUR LA MONTÉ DE DIEU

en disant qn’il ne leur était pas passible de mieux faire , quoiqu'ils l'aient ou l'eussent voulu. Dieu veut qu’ils reçoivent ses grâces dont Ils sont capables , et qu'ils les acceptent ; et il veut leur donner particulièrement celles qu’il prévoit qu’ils accepteraient : mais c'est toujours par une volonté antécédente , détachée ou particulière , dont l'exécution ne saurait avoir toujours lieu dans le plan général des choses. Cette thèse est encore du nombre de celles que la philosophie n'établit pas moins que la révélation ; de même que trois autres des sept que nous venons de mettre ici, n’y ayant eu que la troisième, la quatrième et la cinquième qui nient en besoin de la révélation.

lié. Voici maintenant les dix-neuf maximes philosophiques que M. Bayle oppose aux sept propositions théologiques.

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