‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 374 sur 423 · ABRÉGÉ DF. LA · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DF. LA

([lui est toujours obéi; car en voulant il suit toujours le penchant de sa propre nature, et tout le reste des choses suit toujours sa volonté. Et comme cette volonté est toujours la même , on ne peut point dire qu’il n’obéit qu'à celle qu’il avait autrefois. Cependant , quoique sa volonté soit toujours immanquable et aille toujours au meilleur , lé mal ou le moindre bien qu’il rebute ne laisse pas d'être possible en soi ; autrement la nécessité du bien serait géométrique (pour dire ainsi) ou métaphysique, et tout à fait absolue; la contingence des choses serait détruite , et il n’y aurait point de choix. Mais cette manière de nécessité , qui ne détruit point la possibilité du contraire, n'a ce nom que par analogie; elle devient effective, non pas par la seule essence des choses, mais par ce qui est hors d'elles et au-dessns d’elles, savoir, par la volonté de Dieu. Cette nécessité est appelée morale , parce que chez, le sage , nécessaire et dû sont des choses équivalentes; et quand elle a toujours son effet , comme elle l’a véritablement dans le sage parfnit, c'est-à-dire, en Dieu, on peut dire que c’est une nécessité heureuse. Plus les créatures en approchent, plus elles approchent de la félicité parfaite. Aussi cette manière de nécessité n'est-elle pas celle qu’on tâche d'éviter, et qui détruit la moralité , les récompenses , les louanges. Car ce qu’elle porte n’arrive pas quoi qu’on fasse et quoi qu'on veuille, mais parce qu'on le veut bien. Et une volonté À laquelle il est naturel de bien choisir, mérite

le plus d'être louée ; aussi porte-t-elle sa récompense avec elle , qui est le souverain bonheur. Et comme cette constitution de la nature divine donne une satisfaction entière à celui qui la possède , elle est aussi la meilleure et la plus souhaitable pour les créatures qui dépendent toutes de Dieu. Si la volonté de Dieu n’avait point pour règle le principe du meilleur, elle irait au mai , ce qui serait le pis ; ou bien elle serait indifférente en quelque façon au bien et nu mal , et guidée par le hasard ; mais une volonté qui se laisserait toujours aller au hasard , ne vaudrait guère mieux pour le gouvernement de l'univers que le concours fortuit des corpuscules, sans qu’il y eût aucune divinité. Et quand même Dieu ne s'abandonnerait au hasard qu’en quelques cas et en quelque manière ( comme il ferait s’il n’allait pas toujours entièrement au meilleur , et s’il était capable de préférer un moindre bien à un bien plus grand , c’est-à-dire , un mal à un bien , puisque ce qui empêche nn plus grand bien est un mal), il serait imparfait , aussi bien que l’objet de son choix ; il ne mériterait point une confiance entière; ilagirait sans raison dans un tel cas , et le gouvernement de l’univers serait comme certains jeux mi-partis entre la raison et la fortune. Et tout cela fait voir que cette objection qu’on fait contre le choix du meilleur, pervertit les notions du libre et dn nécessaire , et nous représente le meilleur même comme mauvais : ce qui est malin ou ridicule.

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