‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 373 sur 423 · ABRÉGÉ DE LA CONTROVERSE · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE LA CONTROVERSE

q. î), qui explique (par exemple) comment ïliett endurcit , non pas en donnant quelque chose de mauvais à l'âme , mais parce que l'effet de sa bonne impression est borné par la résistance de l’âme, et par les circonstances qui contribuent à cette résistance; en sortequ'il ne lui donne pas tout le bien qui surmonterait son mal. Aèe, inquit, né illoerogatur aiiquidquo homo fit dttcrior , sed tantum guofit meliornon erogatvr. Mais si Dieu y avait voulu faire davantage, il aurait fallu foire, ou d'autres natures de créatures, ou d’autres miracles pour changer leurs natures, que le meilleur plan n'a pu admettre. C'est comme il faudrait que le courant de la rivière (Vit plus rapide que sa pente ne permet , ou que les bateaux fussent moins chargés, s'il devait faire aller ces bateaux avec plus de vitesse. Et la limitation ou l’imperfection originale des créatures fait que même le meilleur plan de l'univers ne saurait être exempté de certains maux , mais qui y doivent tourner A un plus grand bien. Ce sont quelques désordres dans les parties qui relèvent merveilleusement labeautédu tout; comme certaines dissonances, employées comme il faut , rendent l'harmonie plus belle. Mais cela dépend de ce qu’onadéjâ répondu A la première objection.

VI' Object. Quiconque punit ceux qui ont fait aussi bien qu’il était en leur pouvoir de faire, est injuste.

Dieu le (Ait.

Donc, etc.

Rkp. On nie la mineure de cet argument. Et l'on croit que Dieu donne toujours les aides et les grâces qui suffiraient A ceux qui auraient une bonne volonté, c’est-à-dire, qui ne rejetteraient pas ces grâces par un nouveau péché. Ainsi , on n'accorde point la damnation des enfants morts sans baptême ou hors de l'Église , ni la damnation des adultes qui ont agi suivant les lumières que Dieu leur a données. Et l'on croit que si quelqu’un a suivi les lumières qn'tl avait, il en recevra indubitablement de plus grondes , dont il a besoin , comme fen M. Hulsemnn , théologien célèbre et profond à Leipzig, a remarqué quelque part ; et si un tel homme eu avait manqué pendant sa vie , il les recevrait au moins A l’article de la mort.

VII* Object. Quiconque donne A quelques-uns seulement, et non pas A tous, les moyens qui leur font avoir effectivement la bonne volonté et la foi finale salutaire, n’a pas assez de bonté.

Dieu le fait.

Donc, etc.

Rer. On en nie la majeure, fl est vrai que Dieu pourrait surmonter la plus grande résistance du cceur humain ; et il le bit aussi quelquefois, soit par une grâce Interne, soit par les circonstances externes qui peuvent beaucoup sur les âmes; mais il ne le foit point toujours. D'où vient cette distinction, dira-t-on, et pourquoi sa bonté parait-elle bornée ? C’est qu'il n'aurait point été dans l'ordre d’agir toujours extraordinairement , et de renverser la liaison des choses, comme on a déjà remarqué en répondant A la première objection. Les raisons de cette liaison, par laquelle l’un est placé dans des circonstances plus favorables que l’autre , sont cachées dans la profondeur de la sagesse de Dieu ; elles dépendent de l’harmonie universelle. Le meilleur plan de l'univers , que Dieu ne pouvait point manquer de choisir, le portait ainsi. On le juge par ('événement même; puisque Dieu l’a fait, H n'était point possible de mieux faire. Bien loin que cette conduite soit contraire A la bonté, c'est la suprême bonté qui l’y a porté. Cette objection avec sa solution pouvait être tirée de ce qui a été dit à l’égard de la première objection ; mais il a paru utile de la toucher A part.

VIII* Object. Quiconque ne peut manquer de choisir le meilleur, n'est point libre.

Dieu ne peut manquer de choisir le meilleur.

Donc, Dieu n’est point libre.

Rép. On nie la majeure de cet argument : c'est piutAt la vraie liberté , et la plus parfaite , de pouvoir user le mieux de son franc arbitre , et d’exercer toujours ce pouvoir, sans en être détourné ni par la force externe ni par les passions internes, dont l’une fait l’esclavage des corps et les autres celui des âmes. Il n’y a rien de moins servile que d’étre toujours mené au bien , et toujours par sa propre inclination , sans aucune contrainte et sans aucun déplaisir! Et d’objecter que Dieu avait donc besoin des choses externes, ce n'est qu’un sophisme. Il les crée librement ; mais s'étant proposé une fin, qui est d’exercer sa bonté , la sagesse l’a déterminé A choisir les moyens Ira plus propres A obtenir cette fin. Appeler cela besoin , c’est prendre le terme dans un sens non ordinaire qui le purge de toute imperfection, A peu près comme l’on fait quand on parle de la colère de Dieu.

Sénèque dit quelque part que Dieu n’a commandé qu’une fois, mais qu’il obéit toujours , parce qu’il obéit aux lois qu’il a voulu se prescrire : sente/ jussit , semper paret. Mais il aurait mieux dit que Dieu commande toujonrs, et

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