‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 52 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

comme ayant part à leur production, et avec qui | ces idée* n’ont effectivement aucun rapport apparent, ni aucune liaison concevable. De 1& vient que nous avons tant de penchant à nous figurer que ce sont des ressemblances de quelque chose qui existe réellement dans les objets mêmes : parce que les sens ne nous montrent pas que la grosseur, la figure , ou le mouvement des parties, contribuent en rien à leur production ; et que d'ailleurs la raison ne peut faire voir comment les corps peuvent produire dans l’esprit les idées du bleu ou du jaune, etc. , par le moyen de la grosseur , figure et mouvement de leurs parties. Au contraire, dans l’antre cas, je veux dire, dans les opérations des corps dont les qualités se changent ou s’altèrent réciproquement , nous voyons clairement que la qualité produite par ce changement, n’a ordinairement aucune ressemblance avec quoi que ce soit qui existe dans le corps qui a produit cette nouvelle qualité. C’est pourquoi nous la regardons comme un pur effet de la puissance qu’un corps a sur un autre corps. Car, bien qu’en recevant du soleil ; l'idée de la chaleur, ou de la lumière, nous soyons portés à croire que c'est une perception et une ressemblance d'une pareille qualité qui existe dans le soleil , cependant, lorsque nous voyons que la cire , ou un beau visage , reçoivent du soleil un changement de couleur , nous ne saurions nous figurer que ce soit une émanation , ou ressemblance d’une pareille chose qui soit actuellement dans le soleil , parce que nous ne trouvons point ccs différentes couleurs dans le soleil même. Comme nos sens sont capables de remarquer la ressemblance ou la dissemblance des qualités sensibles qui sont dans deux différents objets extérieurs , nous ne faisons pas difficulté de conclure, que la production de quelque qualité sensible dans un sujet n’est que l'effet d’une certaine puissance, et non la communication d’une qualité qui existe réellement dans celui qui la produit , quand nous n’y trouvons point une telle qualité sensible. Mois lorsque nos sens ne nous font découvrir aucune dissemblance entre l’idée qui est produite en nous et la qunlité de l’objet qui la produit , nous sommes portés h croire que nos idées sont des ressemblances de quelque chose qui existe dans les objets , et non les effets d’une certaine puissance , qui consiste dans la modification de leurs qualités premières, avee lesquelles les idées produites en nous n’ont aucune ressemblance.

S 20. Distinction qu'm { K ut mettre entre les secondes qualités.

Enfin, excepté ces premières qualités, qui sont réellement dans les corps , je veux dire , la grosseur, la figure, retendue, le nombre et le mouvement de leurs parties solides, tout le reste par où nous connaissons les corps et les distinguons les uns des autres , n'est autre chose que différents pouvoirs qui sont en eux , et qui dépendent de ces premières qualités , par le moyen desquelles ils sont capables de produire en nous plusieurs différentes idées en agissant immédiatement sur nos corps , ou d’agir sur d’autres corps , en changeant leurs premières qualités , au point de les rendre capables de faire naître en nous des idées différentes de celles que ces corps y excitaient auparavant. On peut appeler les premières de ccs deux sortes de puissances, secondes qualités qu'on aperçoit immédiatement, et les dernières , secondes qualités qu'on aperçoit médiatement.

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