‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 80 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV

soixante minutes , et en ajoutant de ectte sorte des minutes , des heures ou des années , c'est-àdire, telles ou telles parties d'une révolution solaire , ou de quelque autre période dont j'aie l'idée , je puis avancer à l’inflni et supposer une durée qui exccdc autant de fois ces sortes de périodes, que j'en puis compter en les multipliant aussi souvent qu’il me plaît; et c’est là, à mon avis , l’idée que nous avons de l'éternité, dont l’Infinité ne nous parait point différente de l’idée que nous avons de l'infinité des nombres , auxquels nous pouvons toujours ajouter , sans jamais arriver à un dernier terme.

$ 3t. Il est donc évident, à mon avis, que les Idées et les mesures de la durée nous viennent des deux sources de toutes nos connaissances , dont j'ai déjà parlé ; savoir, la réflexion et la sensation.

Car , premièrement , c'est en observant ce qui se passe dans notre esprit, je veux dire, cette suite constante d'idées dont les unes paraissent I à mesure que d'autres viennent à disparaître, que nous nous formons l’idée de la succession.

Nous acquérons , en second lieu , l'idée de la durée , en remarquant- de in distance dans les parties de cette succession.

En troisième lieu, venant à observer, par le moyen des sens, certaines apparences distinguées par certaines périodes régulières et en apparence équidistantes , nous nous formons l'idée de certaines longueurs ou mesures de durée , comme sont les minutes , les heures , les Jours , les années , etc.

En quatrième lieu , la faculté que nous avons de répéter aussi souvent que nous voulons, ces mesures du temps , ou ces idées de longueur de j durée déterminées dans notre esprit , nous pou- i vons venir à imaginer de la durée , là même où I rien n'existe réellement. C’est ainsi que nous imaginons demain , l’année suivante , ou sept I années qui doivent succéder au temps présent. ;

En cinquième lieu , par ce pouvoir que nous ■ avons de répéter telle ou telle idée d’une certaine j longueur de temps , comme d'une minute , ou . d'une année, ou d'un siècle aussi souvent qu'il nous plaît, en les ajoutant les unes aux au- \ très , sans jamais approcher plus près de la fin d'une telle addition , que de la fin des nombres : auxquels nous pouvons toujours ajouter , nous nous formons à nous-mêmes l'idée de l’éternité , (fui peut être aussi bien appliquée à l'éternelle durée de nos dmes , qu’à l'éternité de cet Être

Infini, qui doit nécessairement avoir toujours existé.

Enfin , en sixième lieu , en considérant une certaine partie de cette durée infinie, en tant que désignée par des mesures périodiques, nous acquérons l'idée de ce qu'on nomme généralement le temps.

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