UN DES GARDES
Tué, sii'e : une flèche est venue lui percer le front pendant qu'il répandait les dernières gouttes avant de se couvrir la tête.
SARDANAPALE
Tué sans récompense ! et tué pour avoir satisfait ma soif! destinée cruelle pour ce pauvre soldat ! s'il vivait , je laurais rassasié d'or : tout l'or de la terre ne pouvait payer le plaisir que m'a fait goûter cette eau , car j'avais le gosier desséché comme à présent. ( On apporte de Veau, Sardanapale boit. ) Je revis... Désormais je réserve la coupe des festins pour les heures de l'amour: je ferai la guerre avec de l'eau.
SALEMÈNES
Et ce bandage, sire, qui entoure votre bras.''
C'est une égratignure de Belèscs.
-MYRRHA
Dieux ! il est blessé !
SARDANAPALE
C'est peu de chose... cependant, à préseiil que je suis de sang-troid , j'éprouve une douleur Iég<' r.\
MYRRHA
Vous avez bandé votre blessure avec...
SARDANAPALE
Le bandeau de mon diadème : c'est la première fois que cet ornement a cessé d'être pour moi un eml)arras. MYRRHA , aua' esclcu'cs.
Appelez au plus vite le plus habile médecin : je vous uo
216 SARDANAPALE
prie , retiiez-vous... je vais défaire votre appareil et panser
votre blessure.
SARDANAPALE
Oui , fais-le ; car le sang y bat avec force : que connais-tu aux blessures ? mais pourquoi le demander ? Sais - tu , mon frère , où j'ai rencontré cette belle esclave ?
SALEMÈNES
Avec les autres femmes réunies comme des gazelles effrayées.
SARDANAPALE
Non : telle que la compagne du jeune lion , dans sa rage féminine ( et féminine veut dire furieuse , car toutes les passions excessives appartiennent au sexe féminin ) ; telle , dis-je, que la lionne qui poursuit le ravisseur de ses lionceaux , Myrrha, de la voix et du geste, la chevelure flottante et les yeux étincelans , excitait les soldats à la poursuite.
SALEMÈNES
En vérité.^
SARDANAPALE
Tu vois que je ne suis pas le seul dont cette nuit a fait un guerrier. Je me suis arrêté pour la contempler : son teint enflammé ; ses grands yeux noirs qui brillaient à travers ses longs cheveux , dont les tresses rayonnaient autour d'elle • ses veines azurées , qui devenaient brillantes sur son front d'albâtre; ses narines dilatées... ses lèvres entr'ouvertes; sa voix qui perçait au milieu du tumulte , comme les sons d'un luth se distinguent du bruit discordant de la cymbale; ses l)ras étendus , dont la blancheur était plus éblouissante que celle de l'acier tenu par la niiîin qui l'avait arraché à la main d'un soldat expirant... tout enfin l'a fait apparaître aux troupes comme une prêtresse de la Victoire , ou la Victoire ellemême, descendue du ciel pour nous proclamer ses favoris. SALEMÈNES , apart.
L'amour s'empare de nouveau de lui... tout est perdu si nous ne détournons ses pensées, ( Hnut.)^ms, je vous en prie, sire, songez à votre Messure... vous venez de dire qu elle était douloureuse.