‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 118 sur 277 · UN DES GARDES · texte numérisé non relu

UN DES GARDES

Tué, sii'e : une flèche est venue lui percer le front pendant qu'il répandait les dernières gouttes avant de se couvrir la tête.

SARDANAPALE

Tué sans récompense ! et tué pour avoir satisfait ma soif! destinée cruelle pour ce pauvre soldat ! s'il vivait , je laurais rassasié d'or : tout l'or de la terre ne pouvait payer le plaisir que m'a fait goûter cette eau , car j'avais le gosier desséché comme à présent. ( On apporte de Veau, Sardanapale boit. ) Je revis... Désormais je réserve la coupe des festins pour les heures de l'amour: je ferai la guerre avec de l'eau.

SALEMÈNES

Et ce bandage, sire, qui entoure votre bras.''

C'est une égratignure de Belèscs.

-MYRRHA

Dieux ! il est blessé !

SARDANAPALE

C'est peu de chose... cependant, à préseiil que je suis de sang-troid , j'éprouve une douleur Iég<' r.\

MYRRHA

Vous avez bandé votre blessure avec...

SARDANAPALE

Le bandeau de mon diadème : c'est la première fois que cet ornement a cessé d'être pour moi un eml)arras. MYRRHA , aua' esclcu'cs.

Appelez au plus vite le plus habile médecin : je vous uo

216 SARDANAPALE

prie , retiiez-vous... je vais défaire votre appareil et panser

votre blessure.

SARDANAPALE

Oui , fais-le ; car le sang y bat avec force : que connais-tu aux blessures ? mais pourquoi le demander ? Sais - tu , mon frère , où j'ai rencontré cette belle esclave ?

SALEMÈNES

Avec les autres femmes réunies comme des gazelles effrayées.

SARDANAPALE

Non : telle que la compagne du jeune lion , dans sa rage féminine ( et féminine veut dire furieuse , car toutes les passions excessives appartiennent au sexe féminin ) ; telle , dis-je, que la lionne qui poursuit le ravisseur de ses lionceaux , Myrrha, de la voix et du geste, la chevelure flottante et les yeux étincelans , excitait les soldats à la poursuite.

SALEMÈNES

En vérité.^

SARDANAPALE

Tu vois que je ne suis pas le seul dont cette nuit a fait un guerrier. Je me suis arrêté pour la contempler : son teint enflammé ; ses grands yeux noirs qui brillaient à travers ses longs cheveux , dont les tresses rayonnaient autour d'elle • ses veines azurées , qui devenaient brillantes sur son front d'albâtre; ses narines dilatées... ses lèvres entr'ouvertes; sa voix qui perçait au milieu du tumulte , comme les sons d'un luth se distinguent du bruit discordant de la cymbale; ses l)ras étendus , dont la blancheur était plus éblouissante que celle de l'acier tenu par la niiîin qui l'avait arraché à la main d'un soldat expirant... tout enfin l'a fait apparaître aux troupes comme une prêtresse de la Victoire , ou la Victoire ellemême, descendue du ciel pour nous proclamer ses favoris. SALEMÈNES , apart.

L'amour s'empare de nouveau de lui... tout est perdu si nous ne détournons ses pensées, ( Hnut.)^ms, je vous en prie, sire, songez à votre Messure... vous venez de dire qu elle était douloureuse.

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