ACTE TROISIEME
SARDAKAPALK.
Gela est vrai... mais je ne dois pas y penser.
SALEMÈNES
J'ai prévu tout ce qui était nécessaire. Je vais maintenant voir comment on exécute nos ordres, et je reviendrai prendre les vôtres.
Soit.
Myrrha !
Prince ?
SALEMBNEs , en sc retirant.
MYRRHA
SALEMENES.
Vous avez montré cette nuit tant de force d'âme, que, si le roi n'était pas l'époux de ma sœur... Mais je n'ai pas le temps de m'expliquer... vous aimez le roi "^
MYRRHA
J'aime Sardanapale.
SALEMÈNES
Voulez-vous qu'il continue à être roi ?
MYRRHA
Je veux qu'il ne soit jamais au-dessous de ce qu'il doit être.
SALEMÈNES
Eh bien donc , pour qu'il soit roi , qu'il soit à vous, tout ce qu'il doit ou ne devrait pas être; pour qu'il vive enfin, ne le laisse pas retomber dans la vohipté : tu as plus de pouvoir sur lui que n'en a la sagesse dans ces murs , ou l'audacieuse révolte au dt^bors... veille h. ce qu'il ne retombe pas.
MYRRHA
Je n'avais nul besoin de la voix de Salemènes pour m'exciter à cela ; je vous le promets : tout c<! que peut la faiblesse d'une femme...
SALEMÈNES
Est une toute-puissance sur un rœnr comme le sien. Isescn avec sas^esse. { Salcinnics snil.^
218 SARDAN/VPALK.
SAKDAN A I'Al.i:.
Myrrli;i! ([iioi! lu j);ulcs toiil has avec mon fièr<' st'veri; ;' Je sfiai Mciilôt jaloux.
MY lilt II A , sonridiU.
Vous ave/, raison, sire, car il n'est pas sur la Iciic un lioinnic plus di^^ric <!<• ranioiir d'une fcniiuc... de laloicpTon doir aux «"iicrricrs... de rcsliine d'un roi... de ladinualion
«In inonde...
saiu">ainapam:.
l'ais son eloj^e, mais avec moins de chaleur : je m^ dois pas enteiidicï ces douces lèvr<-s consacrer leur éloqueiu-e à <e <pii me laisse <lans lOinhre. (^e|)endant lu as dit vrai.
(MYKIUI A.
IVIainleiianl relire/,-vous pour laii»' panser vol.i<; bU-ssuie... Appnv«'/,-vons sur moi.
SAUnANAPAFJ';.
Oni , mou amour; mais (-e n est pas la douleur (pu my lail consenlir. ( Tons sortent.)
kC'VV. [V
SCKNK PltlUUKIiK.
( Sdiddnapitlc (loil sur une coiicIk' , et il rsl ixtr inoiiifiis liouhlr (Itiii.s son soninicil. Myrr/id >h'HIc nHpns de lui.)
MYiuuiA , en le rci^dnlanl.
Te iiu' suis glisse<'au|nès de Ini pendant son rejios, si c esl un repos que ce sommeil convnlsil : Ic^veillerai-jei' non, il s(îinl)l(> pins calme. O toi, dieu i\v\ repos! qui règnes sur l<'s paupières lèrnu'es cl les doux son|^('s, dieu du sommeil... daigne resseiiiMer à la mort ta su'iir... si paisible, si immobile... car alors nous sommes lieiireux, parce que peut-eli<" nous le sommes an pins Icuil de>;r<' sons I empire <l<' cell»^
A (/IK OL A'J'IUEMK. iMî)
sœur sombre, silencieuse et sans r(5veil. 11 s agite encore... I expression de la douleur se lepand sur ses traits connne la hrise soudaine trouble le lac qui jouissait d'un calme si doux à l'ombre de la montagne : ou tel on voit le vent d'orage flétrir les feuilles d'automne qui pendent languissantes et immobiles à leurs rameaux. Il faut que je l'éveille. Cependant pas encore ! qui sait à quelle vision je l'arrache ? Il semble souffrir; mais si je le réveille pour une peine encore plus vive '^ la fièvre de cette nuit de tumulte, la douleur de sa blessure, quoique légère, me causent peut-être ce trouble et m'inquiètent beaucoup plus qu'il ne souffre. Non... laissons -le aux soins maternels de la nature... c'est j)our la seconder fjue je veille, et non pour la contrarier.
SA R« AN AP A.LE , S 'cUCcllant.
Non , non... quand vous multiplieriez les étoiles pour m'en donner l'ernjjire ou le partager avec moi!... je n'achèterais pas à ce prix le trône de FEternité... Retire-toi... ancien chasseur des premiers animaux, et toi qui fis la chasse aux hommes tes semblables comme aux bêtes féroces... ô vous, jadis mortels sanguinaires... et maintenant idoles encore plus altérées de sang, si vos prêtres ne mentent pas; et toi, ombre terrible de mon aïeule, reine ensanglantée, qui foules aux pieds les cadavres de l'Inde... loin de moi... loin fl'ici!... Où suis-je... où sont les spectres? où... non... ce n'est point une illusion trompeuse. Je le reconnaîtrais au milieu fies apparitions de ces morts qui sortent de leur gouffre ténébreux pour épouvanter lesvivans. Myrrha !
.MYIIRHA.
Helas! tu es pâle, et les gouttes de sueur s'amassent sur ton front comme la rosée delà nuit. Monbien-ainié! silence !... Calme-toi. Tes paroles semblent celles d'un autre monde; et tu es aimé dans celui-ci. Rassure-toi... t(jut iia bien.
SARDA\APALE.
'i"a main... oui... c'est là ta main, la main dune créature vivante... Presse la mienne... presse-la plus étroitement encore; que je me reconnaisse pour ce que j'étais.
320 SARDANAPALE
MYRRHA
Ah! du moins reconnais-moi pour ce que je suis, pour ce que je dois toujours être... ton amie,
SARDANAPALE
Je reconnais enfin... je reconnais l'existence. Ah! Myrrha, je viens d'un heu où nous irons habiter à jamais.
MYRRHA
Seigneur !
SARDANAPALE
Je viens du séjour des tombeaux... où les vers sont les rois , et où les rois... mais je ne le croyais pas... je pensais que ce n'était rien.
MYRRHA
Ce n'est rien, en effet, excepté pour les âmes timides qui anticipent sm^ ce qui ne doit jamais être.
SARDANAPALE
O Myrrha ! si le sommeil nous montre de semblables choses, qu'est-ce que la mort ne doit pas révéler!
MYRRHA
Je ne connais pas de malheur que la mort puisse faire éprouver, qui n'ait déjà été révélé à ceux qui vivent longtemps sur la terre. S'il existe , en effet , un rivage où l'âme survit... ce doit être comme âme, et incorporelle. Ou, si elle porte avec elle une ombre de ce corps embarrassant d'argile qui se meut, il me semble , entre nos âmes et le ciel , et nous lie à la terre... au moins le fantôme, quelque chose qu'il ait eu à craindre, n'aura plus à craindre le trépas.
SARDANAPALE
Je ne le crains point... mais j'ai senti... j'ai vu... une légion de morts...
MYRRHA
Et moi de même. La poussière que nous feulons aux pieds fut jadis vivante et malheureuse... Mais poursuis , qu'as-tu vu? parle, tu expliqueras tes pen sees encore ol^scures.
SARDANAPALE
Il ma semblé...