ACTE CINQUIEME. 2GI
amour, sans aucun alliage des souillures de la terre el des passions terrestres. Une seule pensée niatflige.
SARDANAPALE
Dis-la-nioi.
MYRniIA.
C'est qu'une main amie ne i-éunira pas notre poussière dans une urne.
SARDANAPALE
Je m'en félicite. Qu'elle vole sur l'aile des vents du ciel et soit semée dans l'air plutôt que d'être souillée par des mains d'esclaves et de traîtres : dans ce palais embrasé, dans les ruines fumantes de ces énormes murailles , nous laissons un monument plus noble que ces montagnes de briques amoncelées par l'Egypte sur ses rois , ou pour ses bœufs , car personne ne sait si ces orgueilleux rnonumens sont destinés à la sépulture des princes ou à celle d'Apis , le bœutdieu. Mais c'en est assez sur des monumens qui ont perdu le souvenir de leur propre histoire !
Adieu donc , ô terre ! et toi , région la plus aimable de la terre, lonie, adieu! continue à être libre, belle, et dans la prospérité! Ma dernière prière est pour toi; à toi encore sont adressées mes dernières pensées , excepté une seule.
SARDANAPALE
Et celle-là ?
MYRRHA
Est pour vous. [La trompette de Vania se fait entendre?)
SARDANAPALE
Ecoute.
JlYRRHA.
Maintenant ?
SARDANAPAI.K.
Adieu, Assyrie: je t'aimais, o ma patrie, patrie de mes pères! je t'aimais, et bien plus comme ma terre natale que comme mon royaume! Je te rassasiai de paix et de plaisirs., et telle est ma récompense! Je ne te dois plus rien, pas
262 SARDANAPALE
même un tombeau. ( Il monte sur le bûcher. ) Maintenant , Myrrha...
MYRRHA
Es-tu prêt?
SARDANAPALE
Gomme la torche que tient ta main.
( Myrrha met le feu au bûcher. )
La flamme s'élève... je viens.
[Au moment ou Myrrha s'élance sur le bûcher, la toile tombe,)
FIN DE SARDANAl'ALE.
HE SARDANAPALE
NOTE rREMlEUK,
Page 14B, ligne 3o... et toi, mou Ionienne Myrrha, etc.
o Le nom d'Ionien eût été encore plus collectif, puisqu'il aurait compris les Acliéens et les Béotiens, qui , réunis aux autres peuples auxquels il fut ensuite exclusivement donné , auraient lait presque la moitié de la nation grecque. Chez les Orientaux , c'était le nom général par lequel on désignait les Grecs. »
MiTFORD, Histoire de ta Grèce, vol. 1.