ACTE CrNQUIEME
MYRUHA.
AUumerai-je une des torches entassées sous la lampe qui brûle à jamais devant l'autel de Baal dans la salle voisine ?
Oui... Est-ce là ta réponse ?
MYRRHA
Tu vas voir. {JMyrrha sort.)
SARDANAPALE, SCul.
Elle est inébranlable... O mes aïeux, que je vais rejoindre , peut-être , purifié par la mort d'une partie des souillures grossières d'ime existence trop matérielle , je ne veux point livrer votre antique demeure à la profanation de ces esclaves révoltés ; si je n'ai point maintenu votre héritage tel que vous me l'aviez légué , ce palais qui en contient une portion brillante , vos trésors , vos armes consacrées , vos annales , vos monumens , vos dépouilles , dont ils auraient décoré leur triomphe , voilà ce que je vous porte avec moi dans cet élément destructeur, image la plus naturelle de l'âme comme ne laissant sur ses traces aucune matière que sa flamme dévorante n'ait consumée... La clarté de ce bûcher funèbre le plus digne d'un roi ne sera pas une simple colonne de vapeur et de flamme , un phare éphémère dans l'horizon, et puis un monceau de cendres... non... cette clarté sera une leçon pour les siècles , les peuples rebelles , et les hommes voluptueux. Le temps livrera à l'oubli les annales de maintes nations , les exploits de maints héros ; il anéantira plus d'un empire comme celui d'Assyrie, le premier de tous. Mais il respectera ce dernier acte de Sardanapale , comme un exemple que peu oseront imiter et que personne ne méprisera... et peut-être quelque roi , instruit par mon exemple, évitera-t-il une vie semblable à celle qui me conduit à une telle fin. [Myrrha revient avec une torche d'une main et une coupe de l'autre. )
MYRRHA
Voici! j'ai allumé le flambeau riont la clarté nous guidera jusqu'aux astres.
j(i(» SARD AN A PALE.
SAllDANAPALE.
Et cette coupe i'
MYRRHA
C'est l'usage de ma patrie de faire une libation aux dieux.
SARDANAPALE
Ce fut le mien de faire des libations avec les liommes, je ne l'ai point oublié; et, quoique seul, je viderai la coupe en souvenir de tant de joyeux banquets. (Sardanapale prend In coupe... après cwoir bu et frappé sur la coupe renversée, il s^ écrie en -voyant tomber une goutte.) Et cette libation est pour le digne Belèses !
MYRRHA
Pourquoi ton àme se rappelle-t-elle plutôt le nom de Belèses que celui de son complice eu trahison ?
SARDANAPALE
L'autre n'est qu'un soldat, un instrument, une espèce de glaive vivant dans la main d'un ami; un mannequin guerrier dont Belèses tient les ressorts. Mais je les bannis de mon souvenir... Un moment encore, ma Pvlyrrha; m'accompagnes-tu vraiment de plein gré et sans crainte?
MYRRHA
Penses-tu qu'une fille grecque n ose pas faire par amour Ci; que brave une veuve indienne... pour obéir à ime coutume ?
SARDANAPALE
Alors nous n'attendons plus que le signal.
MYRRUA.
Il tarde bien à sonner.
Allons, adieu; vui dernier cmbrassement.
MYRRHA
Ce ne sera pas le dernier : il en reste un encore,
SARDANAPALE
11 est vrai, le feu confondra nos cendres.
MYRRHA
Oui, elles se mêleront ensemble, pures comme mon