ACTE PREMIER. 2Hi
deux membres du conseil des Dix... retirons-nous. ÇMemma sort ai'ec le sénateur. Lnredano entre avec Barbarigo.) BARBARiGo , à LoT'eclano.
C'en était trop : croyez-moi , il n'était pas bien de laisser continuer la procédure dans un tel moment.
LOREDANO
Ainsi donc le conseil doit se séparer et la justice s'arrêter, parce qu'une femme sera venue s'introduire au milieu de nos délibérations!
BARBARIGO
Non. Ce n'est pas ce motif dont je veux parler. Vous avez yu l'état du prisonnier,
LOREDAXO.
Et n'est-il pas revenu à lui?
BARBARIGO
Pour succomber encore à la moindre torture.
LOREDANO
C'est ce qu'on n'a pas essayé.
BARBARIGO
Vainement vous voudriez murmurer ; la majorité du conseil était contre vous.
LOREDANO
Grâce à vous, seigneur , et au vieux Doge, qui avez ajouté vos voix à celles qui l'ont emporté sur la mienne.
BARBARIGO
Je suis juge, mais je dois avouer que cette partie de notre sévère devoir qui prescrit la question et nous force d'être témoins des tortures me fait désirer...
LOREDANO
Quoi ?
BARBARIGO
Que vous éprouviez quelquefois ce que j'éprouve toujours.
LOREDANO
Allez, vous êtes un enfant, aussi faible dans vos sentimens que dans vos résolutions j un souffle vous émeut; un
soupir vous cbranle, une larme vous trouble... excellent juge
pour Venise! et digne compagnon de ma politique!
BARBARIGO
11 n'a pas répandu une larme.
LOREDANO
Deux fois il a poussé un cri,
BARBARIGO
Un saint martyr en eût fait autant, même avec la couronne céleste devant les yeux , s'il eût souffert une torture aussi cruelle. Mais il n'a point crié pour implorer la pitié. Aucune parole, aucun gémissement ne lui a échappé; et ces deux cris n'étaient point l'expression d'une prière, mais ils lui ont été arrachés par des transes déchirantes.