ACTE PREMIER
MARINA
C'est tloiic leur devoir de fouler aux pieds tout sentiment humain, tous les liens qui unissent l'homme à l'homme, et de rivaliser avec les démons qui un jour leur feront subir en retour les mêmes tortures !... Je pénétrerai.
MEMMO
Chose impossible.
MAUINA.
J'en ferai l'essai , le désespoir défie même le despotisme. 11 y a dans mon cœur de quoi me faire jour à travers les lances d'une armée, croyez-vous que quelques geôliers m'arrêteront? Laissez-moi donc passer. Nous sommes dans le palais du Doge. Je suis la femme de son fils , du fils innocent du Doge , et ils m'entendront.
MEMMO
Vous ne ferez qu'exaspérer ses juges.
MARINA
Quels sont donc ces juges qui s'abandonnent à la colère? Ce sont des assassins... laissez-moi passer. ( Marina sort.)
LE SÉNATEUR
Epouse infortunée !
MEMMO
Ce n'est là qu'un désespoir! elle ne sera pas admise sur le seuil.
LE SÉNATEUR
Et quand même, elle ne pourrait sauver son époux. Mais voici l'officier de retour.
[U officier passe avec une autre personne. )
MEMMO
Je ne croyais pas que les Dix fussent capables même de cette pitié ou permissent qu'on secourût l'accusé.
LE SÉNATEUR
Pitié! Est-ce pitié de rappeler à la vie le malheureux qui n'échappe à la mort que par cet évanouissement, dernièrejessource de la nature contre l'excès de la douleur ?
MEJMMO.
Je m'étonne qu'on ne le condamne pas sans tant de délais.
I<E SÉNATEUR
Telle est leur politique. On le laisse vivre parce qu'il ne craint pas la mort. On le bannit , parce qu'excepté la cité qui la vu naître , toute la terre est pour lui une vaste prison , et que l'air qu'il respire sous un climat étranger lui semble un poison lent qui le consume sans le faire périr.
MEMMO
Plus d'une preuve confirme ses crimes; mais il ne les avoue pas.
LE SÉNATEUR
Aucune , excepté la lettre qu'il dit avoir adressée au duc de Milan , sachant bien qu'elle tomberait entre les mains, du sénat qui le ferait reconduire à Venise.
MEJiaiO.
Comme un prévenu.
LE SÉNATEUR
Sans doute, mais dans sa patrie... et c'est tout ce qu'il demandait , à ce qu'il affirme.
3IEMMO.
L'accusation des présens fut prouvée.
LE SÉNATEUR
Pas clairement, et l'accusation d'homicide a été annulée par la confession que fit sur son lit de mort Nicolas Erizzo, meurtrier du dernier chef des Dix.
MEMMO
Et pourquoi donc ne pas l'acquitter ?
LE SÉNATEUR
C'est aux Dix à répondre ; car il est bien connu qu'Almoro Donato , comme je l'ai dit, fut tué par Erizzo pour une vengeance particulière.
MEMMO
Il faut qu'il y ait quelque chose de plus , dans cet étrange procès, que les crimes dont on charge Foscari. Mais voici