SCENE PREMIÈRE
{^Appartement dans le palais ducal.) mGlOhmP^, femme du Doge; MARI ANNA , son amie.
ANGIOLINA
Quelle a été la réponse du Doge "^
MARIANNA
Qu'il était pour l'instant appelé à une conférence ; mais depuis lors elle est terminée. Il n'y a pas long-temps que j'ai vu les sénateurs s'embarquer, et l'on peut apercevoir la dernière gondole glisser au milieu des barques qui couvrent les flots brillans.
ANGIOLINA
Plut au ciel qu'il fut de retour ! Il a été depuis peu en 4. 3
:ii MARINO FALIEllO.
proie à de vives inquiétudes , et le temps n'a point dompté son esprit ardent, ni même affaibli son corps, qui semble nourri par une àme si active et si agitée , qu'un autre moins robuste en serait consumé... Le temps n'a que peu de pouvoir sur ses ressentimens et ses chagrins. Il n'est point de ces hommes qui , dans le premier transport de la passion , répandent au dehors leur courroux ou leur douleur : tout en lui porte un aspect d'éternité; ses pensées, ses sentimens, ses passions, bonnes ou mauvaises, n'ont rien de la vieillesse,, et son front altier ne porte que les cicatrices del'àme, les pensées de l'âge et non sa décrépitude. Depuis quelque temps il est plus agité que de coutume. Que n'est-il de retour ! car moi seule j'ai quelque influence sur son inquiétude.
MARIANNA
Il est vrai que son Altesse a été grandement offensée par laffront de Sténo , et avec raison ; mais sans doute qu'en ce moment le coupable est condamné à expier son outrage téméraire par un châtiment capable de faire respecter la vertu des femmes et le noble sang des princes.
ANGIOLINA
Ce fut un cruel outrage. Cependant je ne considère point la calomnie en elle-même , mais son effet et la profonde impression qu'elle a produite sur l'âme de Faliero ; Faliero , si fier, si emporté, si sévère.... sévère pour tous, excepté pour moi. Te tremble , quand je pense où cela peut aller.
MARIANNA
Assurément le Doge ne peut vous soupçonner.
ANGIOLINA
Me soupçonner ? moi ! Et Sténo ne l'a pas osé ! quand il se traîna clandestinement à la clarté de la lune pour écrire son imposture , sa propre conscience lui reprocha son action ; chaque ombre sur les murs le regardait d'un air menaçant pour lui faire honte de sa lâche calomnie.
MAllIANNA.
11 devrait êîro puni sévèrement.