ACTE DEUXIEME
AXGIOLINA.
11 l'est.
MARIANNA
Quoi ! la sentence est-elle prononcée ? est-il condamné ?
ANGIOLINA
Je l'ignore ; mais il est dénoncé.
JIARIANNA,
Et croyez-vous que ce soit assez pour un tel outrage ?
Je ne voudrais pas être juge dans ma propre cause, et je ne sais quel châtiment intérieur peut atteindre l'âme d'un débauché tel que Sténo; mais si ses insultes ne font pas plus d'impression sur l'esprit de ses juges qu'elles n'en ont fait sur le mien , il sera pour toute punition livré à sa confusion ou à son effronterie.
MARIANNA
On doit un sacrifice à la vertu outragée.
ANGIOLINA
Eh! qu'est donc la vertu si elle a besoin d'une victime, OU s'il faut qu'elle dépende des paroles des hommes ? Brutus mourant dit que la vertu n'était qu'un nom : elle ne serait pas autre chose en effet, si des lèvres mortelles pouvaient la produire ou la détruire.
MARIANNA
Cependant il est mainte épouse sans tache , et fidèle à son époux, qui ressentirait plus vivement l'outrage de cette calomnie ; des dames moins sévères , comme il en est un grand nombre à Venise, réclameraient justice à haute voix, et seraient inexorables.
ANGIOLINA
Cela prouve que c'est le nom de la vertu plutôt que la vertu elle-même qu'elles estiment. Les unes ont trouvé que c'était une tâche difficile de conserver leur honneur, si elles veulent qu'il soit célébré partout ; et celles qui ne l'ont pas conservé recherchent son apparence comfne un ornement dont elles sentent le besoin, mais non parce qu'elles le croient
nécessaire ; elles vivent dans la pensée des autres , et voudraient paraître vertueuses comme il faut qu'elles paraissent belles.
MAUIANNA.
Vous avez, d'étranges idées pour une épouse patricienne.
AINGIOLINA,
C'étaient les idées de mon père , et le seul héritage qu'il m'ait laissé avec son nom.
MARIANNA
De quel héritage auriez-vous besoin , femme d un prince... du chef de la république ?
ANGIOLINA
Je n'en aurais pas cherché , n'eussé-je été que la femme d'un vassfil ; mais je n'en éprouve pas moins l'amour et la reconnaissance dus à mon père pour avoir donné ma main à son ancien et fidèle ami le comte Val di Marino , notre Doge actuel.
MARIANNA
Et avec votre main a-t-il donné votre cœur i*
ANGIOLINA
11 n'eût pas donné l'une sans l'autre.
MARIANNA
Cependant la disproportion de votre âge avec celui de votre époux, et permettez-moi d'ajouter le peu de conformité de vos caractères , voilà de quoi faire douter qu'une telle union piit vous rendre constamment heureuse et sage.
ANGIOLINA
Le monde n'a que des pensées mondaines ; mon cœur a été fidèle à ses devoirs, qui sont nombreux, mais jamais difficiles.
MARIANNA
Et l'aimez-vous i^
ANGIOLINA
J'aime toutes les nobles qualités qui méritent notie amour ; et j'aimais mon père, qni, le premier, m'apprit à reconnaître ce que nous devons aimer dans les autres , et à répri-