ACTE TROISIEME
(a'Iu ost vrai, et en cela j(! suis, moi aussi, redevable a l'État, et je lui devrai bien davantage quand je fuirai avec toi sur la mer... loin, bien loin... serait-ce aux limites delà terre, pour ne plus revoir cette odieuse, injuste, et...
JACOPO FOSCVRI.
Ne la maudis point; si je me tais, qui osera aceuseï' ma patrie ?
MAUINA.
Les hommes et les anges! le sang des milliers de victimes, dont la vapeur s élève au ciel... les gémissemens des esclaves enchaînés, des captifs plongés dans les cachots , (m>s mères, des épouses, des fils , des pères , et des sujets asservis à dix vieillards; enfin , ce qui n'est pas la moindre accusation, ton silence. Si tu pouvais parler en sa laveur, qui voudrait louer connue toi;'
JACOPO FOSCARI
Puisqu'il le faut, occupons -nous de notre départ. Qui vient ici ? ( Loredatio entre , suivi par des familiers. )
LOREDANo , aux JcuuiHers.
Retirez-vous, mais laissez la torche. ( Les fainiliers sortent. )
Soyez le bienvenu , noble seigneur ; je ne croyais pas que rien pi'it vous attirer dans un lieu si pi^u digne de votre présence.
LOREDAXO.
Ce n Cst pas la premièie fols (pie j ai vlslt(.' ces lieux.
-MARINA
Ce ne serait pas la dernière, si chacun était recomperiS(> selon son mérite. Venez-vous ici pour nous Insidler, pour nous seivir despion ou d'otage?
LOREDANO
Auciuie de ces choses neutre clans ma charge, nobl'J dame; je suis envoyé pour annonCvM' à votre époux le décret des Dix.
MARINA
Cette obligeance était inutile... on le connaît.
LOREDANO
Comment ?
MARINA
Je l'ai instruit de l'indulgence de vos collègues , avec moins de douceur, sans doute, que votre sensibilité délicate l'eût désiré ; mais il en est instruit. Si vous venez chercher nos actions de grâces , recevez - les , et retirez- vous. Ce cachot est assez noir sans vous, et plein de reptiles non moins dégoûtans , quoique moins nuisibles.
JACOrO FOSCARI.
Je vous prie de vous calmer. A quoi bon de telles paroles ?
Pour lui apprendre qu'il est connu.
LOREDANO
Que la noble dame jouisse du privilège de son sexe.
MARINA
J'ai des fils, seigneur, qui im jotir vous remercieront mieux.
LOREDANO
Vous ferez bien de les élever sagement... Foscari... vous connaissez donc votre sentence ?
JACOPO FOSCARI
11 faudra retourner à Candie ?
LOREUANO.
Oui... pour la vie.
JACOPO FOSCARI
Pas pour long- temps.
T.OREDANO.
Pour la vie, dis-je.
JACOPO FOSCARI
Et moi , je répète , pas pour long-temps.
LOREnANO.
Après un an de prison à la Canée... vous aiuez la liberté de parcourir toute l'île.