ACTE TROISIÈME
îiioiitagnard éloigné du diadème de neige dont les frimas «ouionnent ses rochers? ces modulations sont pour lui un poison délicieux qui lui cause la mort. Vous appelez cela faiblesse; c'est force, selon moi... c'est la source de tout sentiment généreux... Qui n'aime point sa patrie ne peut rien aimer.
MARIN 4
Obéis-lui alors; c'est elle qui te bannit.
Oui , tu dis vrai. C'est la malédiction d'une mère qui pèse sur mon ame... la marque en est empreinte sur moi : les exilés dont tu parles partiront par nations; leurs bras s'entrelaçaient dans la route, leurs tentes étaient dressées à côté les unes des autres... Je suis seul.
MARINA
Tu ne le seras plus... j'irai avec toi.
JACOPO ?OSCARI.
Ma tendre Marina , et nos enfans ?
MARINA
Je crains que l'odieuse politique de l'Etat ( qui vent qm' tous liens soient comme des fils qu'il puisse briser à son gré ) ne permette pas qu'ils viennent avec nous.
JACOPO FOSCARI
Et pourras-tu les IrJsser ?
MARINA
Oui, avec doideur; mais... je pourrais les laisser, malgré leur bas âge, pour t' apprendre à être toi-même lin homme : apprends de moi à maîtriser tes sentimens, quand des devoirs impérieux l'exigent... notre premier devoir sur la terre c'est de savoir souffrir.
JACOPO FOSC4RI.
N ai-je pas souffert ?
MARINA
Beaucoup trop d ime injuste tyrannie, et assez pour t enseigner à ne pas reculer devant une sentence qui, comparée à ce que tu as déjà éprouvé, pourrait s'appeler clémence.
3J0 LES DEUX FOSGARI.
JACOPO FOSr.ARI.
Ah! vous n'avez jamais été bannie de Venise... vous n'a-vez jamais vu ses beaux édifices dans le lointain , pendant que chaque sillon que traçait la proue du navire semblait être imprimé dans votre cœur ; vous n'avez jamais cru voir le jour descendre sur les clochers de la terre natale, et les décorer de l'or et de la pourpre de ses rayons; et, après avoir rêvé confusément de ce doux spectacle, vous ne vous êtes jamais réveillée sans le retrouver.
MARINA
Je partagerai ton exil; pensons à notre départ de cette cité chérie, puisque tu veux absolument l'aimer, et le conseil t'en témoigne sa reconnaissance. Nos enfans resteront confiés aux soins du Doge et de mes oncles : il faut partir avant la nuit.
JACOPO FOSCARI
C'est bientôt; verrai-je mon père ?
MARINA
Tu le verras.
JACOPO FOSCARI
Où?
MARINA
Ici, ou dans la salle ducale... c'est ce qu'il n'a point dit :. je voudrais que tu supportasses ton exil comme lui.
JACOPO FOSCARI
Ne le blâme point; parfois je murmure un moment, mais pouvait-il autrement agir? Un témoignage de sensibilité et de compassion de sa part n'aurait fait qu'attirer sur sa tête vénérable les soupçons des Dix, et accumulé de nouvelles disgrâces sur moi.
Quelles angoisses t'ont-ils donc épargnées.**
JACOPO FOSCARI
Celle de quitter Venise sans vous voir, lui et toi... ce qui m'avait été refusé lors de mon premier exil.