I.OREDAXO
Autant de cérémonie que vous voudrez , pourvu que la chose se fasse; vous pouvez, et peu m importe, lui envoyer
le conseil à genoux ( comme Barberousse fit au pape ), poiu- lui demander d'avoir la courtoisie d'abdiquer.
BARBABIGO.
Et s'il refuse ?
LOREDANO
Nous en élirons un autre, et le rendrons nul.
BARBARIGO
Mais les lois nous soutiendront-elles.'*
LOREDANO
Quelles lois?... Les Dix sont la loi; et, s'ils ne l'étaient pas , je me ferais législateur dans cette occasion.
BARBARIGO
\ VOS risques et périls.
rOREDANO.
Il n'y en a aucun ; je vous dis que nos pouvoirs vont jusque là.
BARBARIGO
Mais il a deux fois déjà sollicité la permission de se retirer; deux fois on s'y est opposé.
LOREDANO
Raison de plus pour la lui accorder une troisième.
BARBARIGO
Sans qu'il le demande?
LOREDANO
Cela prouvera l'impression pioduite par ses premières instances. Si elles pax'tent du cœur, il sera reconnaissant; sinon , son hypocrisie sera punie. Nos collègues viennent maintenant de se réunir; allons nous joindre à eux , et soyez ferme pour cette seule fois. J'ai préparé des argumens qui ne peuvent manquer de les convaincre ; et , puisque leurs pensées , leur but, ont été sondés, n'allez pas, vous, nous arrêter avec vos scrupules , et tout réussira.
BARBARIGO
Si j'étais sûr que ceci ne fût pas pour le père le prélude d'une persécution semblable à celle qu'a éprouvée le fils , je vous appuierais.
ACTK QUATIUÈMK. 3i>n
LOREDANO
il est en sûreté, je vous dis • ses quatre-vingt-cinq ans dureront ce qu'ils pourront... ce n'est qu'à son trône qu'on on veut.
BARBARIGO
Mais les princes déposés n'ont pas long-temps à vivre.
LOREDANO
Encore moins les vieillards qui comptent presque un siècle.
BARBARIGO
Et pourquoi ne pas attendre quelques années ?
LOUEDANO.
Parce que nous avons assez long-temps attendu, et qu il a vécu, lui, trop long-temps. Allons au conseil. ( Loredano sort avec Burbarigo. Memrno et un sénateur entrent.)
LE SÉNATEUR
Une convocation pour nous rendre au conseil des Dix , et pourquoi "i
MEMMO
Les Dix seuls peuvent répondre; ils n ont guère l'habitude de faire deviner leurs desseins par des proclamations préalables. Nous sommes convoqués, il suffit...
LE SÉNATEUR
Oui, pour eux, mais non pour nous : je voudrais savoir pourquoi.
MEMMO
Vous le saurez tout à l'heure si vous obéissez, ou vous n'en apprendrez pas moins pourquoi vous auriez du obéir.
LE SÉNATEUR
,1e n'ai pas l'intention de m'opposera eux; mais...
MEMMO
Dans Venise mais est un traître... plus de mais, à moins que vous ne vouliez passer sur le pont des soupirs, dont peu reviennent.