‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 184 sur 277 · I.E DOGE · texte numérisé non relu

I.E DOGE

Mon fils, obéis à la volonté de notre patrie, ce n'est pas à nous de voir au-delà.

JACOPO FOSCA-UI.

Mais je puis du moins jeter un regard sur le passé. Je VOUS prie de penser à moi.

LE DOGE

Hélas ! tu fus toujours mon enfant le plus cher , alors même que j'avais tous mes fils; tu ne peux l'être moins à présent que tu restes seul ; mais si l'Etat me demandait l'exil des cendres déshéritées de tes trois veitueux frères , leurs ombres au désespoir viendraient en vain voltiger h l'entour pour l'empêcher... je n'obéirais pas moins à lui devoir le plus impérieux de tous.

MARINA

Mon époux ! allons : nous ne faisons que prolonger notre douleur.

JACOPO FOSCAUI.

Mais on ne nous appelle pas encore ; les voiles de la galère ne sont pas déployées... Qui sait ? le vent peut changer.

MARINA

S'il change , il ne changera ni leurs cœurs ni ton sort ■ les rames de la galère suppléeront aux voiles.

JACOPO FOSCAKl.

O élémens ! où sont vos orages ?

Dans les cœurs des hommes... Hélas ! rien ne te calmera-t-il !'

JACOPO FOSCARI

Jamais marinier n'adressa au saint, son patron , des vœux })]us ardens pour des vents propices, que ceux que je vous

adresse , o saints protectevirs de ma ville natale. Ah ! vous ne l'aimez pas d'un amour plus pur que le mien. Je vous supplie de bouleverser les vagues de l'Adriatique et de réveiller le vent des tempêtes jusqu'à ce que la mer rejette mon corps brisé sur le Lido désert, où je puisse me mêler aux sables qui bornent la plage de ma patrie tant aimée , et que je ne rcA-errai plus.

MARINA

Formes-tu ce même désir pour moi qui ne te quitte plus ?

JACOPO FOSCARI

Non... non... pas pour toi, trop bonne, trop généreuse épouse ! Puisses-tu vivre long-temps, mère de ces enfans que ta tendresse fidèle va priver pour un temps de ton appui! Puissent pour moi seul tous les vents du ciel se déchaîner sur les flots et battre le navire , jusqu'à ce que l'équipage effrayé tourne sur moi ses regards désespérés , comme les Phéniciens sur Jonas, et me jette dans l'abîme comme une offrande pour apaiser la mer! Le flot aui me détruira sera plus miséricordieux que l'homme ; il me portera, sans vie, il est vrai, mais il me portera aux livages où je naquis ; et là les mains des pêcheurs me creuseront une tombe sur la plage, qui, entre mille débris, n'aura jamais reçu un cœur plus déchiré que le mien... Ah ! pourquoi ne se brise-t-il pas déjà ? pourquoi vivre plus long-temps ?

MARIXA.

Pour acquérir, j espère, avec les années, le courage de maîtriser une vaine passion. Jusqu'à présent tu avais souffert, mais sans te plaindre; quoi donc! n avais-tu pas supporté en silence des épreuves plus terribles... le cachot et la torture ?

JACOPO FOSCARI

Ah ! double et triple torture. Mais vous avez raison , il faut me résigner. Mon père , votre bénédiction !

LE DOGE

Plut au ciel qu'elle pût te servir !... mais je fe la donne.

ACTK QUATRIEME. 537

lACOPO FOSCARI.

Pardonnez.

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