ACTE CINQUIEME
Qiu'ls ordres !
l'officier.
Des ordres bien tristes... de préparer...
LE DOGE
Oui... oui... je VOUS demande excuse. Je commence à perdre la mémoire et me fais bien vieux. Jusqu'ici j'avais lutté heureusement contre mon âge , il commence à m'accabler. {^Entrée de la deputation, coinjwsée de six membres de la Seigneurie et du chef des Dix. ) Nobles seigneurs, quel est votre plaisir ?
LE CHEF DES DIX
En premier lieu , le Conseil adresse au Doge ses complimens de condoléance sur son dernier malheur.
LE DOGE
C'est assez , ne parlons plus de cela.
LE CHEF DES DIX
Le Doge n'acceptera-t-il point l'hommage de nos respects?
LE DOGE
Je l'accepte comme il m'est offert... continuez.
LE CHEF DES DIX
Les Dix , s'étant adjoint une junte de vingt-cinq nobles sénateurs , ont délibéré sur l'état de la république et les soins fatigans qui doivent doublement accabler vos années si long-temps vouées à votre patrie. Ils ont jugé convenable de solliciter avec respect de votre sagesse , qui ne saurait s'y refuser, la cession de l'anneau ducal que vous avez si long-temps porté avec gloire. Pour prouver qu'ils ne sont ni ingrats pour vos services, ni indifférens pour votre vieillesse , ils vous accordent un apanage de deux mille ducats , afin que vous jouissiez de la retraite splendide qui convient à un souverain.
Ai-je bien entendu ? ^
LE CHEF DES DIX
Dois-je répéter?
LE DOGE
Non... avez-vous fini?
LE CHEF DES DIX
J'ai parlé. Vous avez vingt-quatre heures pour rendre une réponse.
LE DOGE
Je n'ai pas besoin de vingt-quatre secondes.
LE CHEF DES DIX
Nous allons nous retirer.
LE DOGE
Arrêtez. Vingt-quatre heures ne changeront rien à ce que j'ai à vous dire.
LE CHEF DES DIX
Parlez.
LE DOGE
Deux fois j'ai exprimé mon désir d'abdiquer, il m'a été refusé... bien plus, on a exigé de moi le serment de ne jamais renouveler cette proposition. J'ai juré de mourir dans l'exercice des fonctions que ma patrie m'a confiées ; je les ai remplies selon mon honneur et ma conscience... je ne puis violer mon serment.
LE CHEF DES DIX
Ne nous réduisez pas à l'alternative d'un décret , faute de votre consentement.
LE DOGE
La Providence prolonge mes jours pour m'éprouver et me punir ; mais vous n'avez aucun droit de me reprocher ma vieillesse, puisque chacune de mes heures a appartenu à la patrie. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour elle , comme j'ai sacrifié des objets plus chers que la vie; mais, quant à ma dignité... je la tiens de la république entière. Dès que la volonté générale sera manifestée , vous aurez ma réponse.
LE CHEF DES DIX
Cette réponse nous afflige, mais elle ne peut vous servir.