‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 194 sur 277 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

MARINA

J aurais cru pouvoir la supporter quand je le voyais abattu sous une pareille oppression; oui, je pensais que j'aimerais mieux avoir à déplorer sa mort qvie sa captivité prolongée... Je suis punie de cette pensée maintenant.

LE DOGE

11 faut que je le voie encore une fois.

MARINA

Venez avec moi.

LE DOGE

Où est-il ?

MARINA

Notre lit nuptial est maintenant sa bière.

LE DOGE

Est-il dans son linceul?

MARINA

Venez , vieillard , venez. ( Le Doge et Marina sortent. Barbarigo entre avec Loredano. ) BARBARiGo , Cl iiu domestique.

Où est le Doge ?

LE DOMESTIQUE

11 vient de se retirer avec l'illustre veuve de son fils.

LOREDANO

Où ^

LE DOMESTIQUE

Dans l'appartement où le corps repose,

BARBARIGO

Retournons donc sur nos pas.

LOREDANO

Oubliez-vous que vous ne le pouvez pas ? vous avez Tordre exprès de la Junte de l'attendre ici, et de vous réunir à ses membres dans leur message: ils seront bientôt ici.

BARBARIGO

Et presseront-ils le Doge de répondre i'

LOREDANO

Son propre désir a été que tout se fît promptement; il a

répondu sans faire attendre ; on doit en agir de même envers lui; on a eu égard à sa dignité, on a songé à sa fortune... que voudrait-il de plus?

BARBARIGO

Mourir dans sa charge ; il n'aurait pas vécu long-temps : mais j'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui conserver ses titres; et, quoique sans succès , j'ai résisté jusqu'à la fin à votre proposition... Pourquoi le vote général m'envoie-t-il ici de force .^^ lori:dano.

11 était bien que quelqu'un pensant autrement que nous servît de témoin , de peur que des langues mensongères ne prétendissent qu'une majorité cruelle craignait d'exposer ses actes à la vue des autres membres du conseil.

BARBARIGO

Et aussi , je dois le croire , pour m'humilier à cause de ma vaine opposition. Vous êtes ingénieux, Loredano, dans vos vengeances , poétique même , un véritable Ovide dans l'art de haïr. C'est ainsi (car la haine a des yeux qui lui exagèrent les objets secondaires), c'est ainsi que je dois à votre dessein de faire ressortir le zèle de Vos collègues , d'être associé, malgré moi, au message de votre Junte.

LOREDANO

Comment!... ma Junte.

BARBARIGO

La votre. Elle parle votre langage , étudie vos moindres signes, approuve vos plans, et agit dans vos intérêts... n'est-ce pas votre Junte ?

LOREDANO

Vous parlez sans prudence, et je vous conseille dene pas vous laisser écouter.

BARBARIGO

Us en entendront bien davantage un jour; d'autres bouches se contiendront moins que la mienne; ils ont dépassé leur pouvoir excessif; et quand cela arrive, dans les Etals les plus méprisés, l'humanité indignée se soulève pour le détruire.

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