‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 219 sur 277 · I.E TROISIÈME PAYSAN · texte numérisé non relu

I.E TROISIÈME PAYSAN

Je n'ai pas de famille , et je risquerai.

IDENSTEIN

A la bonne heure , brave et digne soldat : je vous ferai donner un grade dans les gardes du prince... si vous réussissez... et vous aurez de plus deux thalers en or.

LE TROISIÈME PAYSAN

Pas davantage ?

IDENSTEIN

Maudite soit votre avarice ! Un vice si bas peut-il se mêler à tant d'ambition ! Je te dis , l'ami , que deux thalers , changés en petite monnaie, feront un trésor. Cinq cent mille héros ne risquent-ils pas chaque jour vie et âme pour le dixième d'un thaler ? Quand avez-vous eu la moitié de la somme ?

LE TROISIÈME PAYSAN

Jamais... Mais pourtant il m'en faut trois.

IDENSTEIN

As-tu oublié, coquin, de qui tu es né vassal?

LE TROISIÈME PAYSAN

Non... vassal du prince... et pas del étranger.

IDENSTEIN

Coquin, en l'absence du prince, je suis le souverain, et le baron est mon allié. « Cousin Idenstein , m'a-t-il dit , vous " enverrez une douzaine de vilains. « Ainsi donc, vilains que vous êtes, en avant, marche! marche, dis-je, et si un pli de ce paquet est mouillé par l'Oder... prenez-y garde! Pour chaque page de papier, une de vos peaux sera convertie, comme la peau de Ziska, en parchemin sur un tambour, pour faire entendre le signal d'alarme à tous les vassaux réfractaires qui ne peuvent exécuter l'impossible... Allons , allons , vers de terre ! ( // sort en les poussant, ) JOSÉPHINE s' aisance.

Que je fuirais volontiers ces scènes trop répétées de tyrannie féodale! je ne saurais secourir les victimes, et ne veux point être témoin de leur oppression. Ici même , dans

ACT h: PKEMiER. 399

te coin obscur, lointain et sans nom, inaperçu sur la carte (lu district, l'insolence du riche malaisé s'exerce sur ceux qui sont plus indigens encore... l'orgueil du rang dans les subalternes pèse sur les esclaves plus serviles ; et le vice dans la misère affecte la grandeur sous les haillons... Quelle existence ! Dans la Toscane , ma patrie aimée du soleil , nos nobles n'étaient que citoyens et marchands , de même que Cosme de Médicis. iNous avions des maux, sans doute, mais aucun de ce genre : nos fécondes vallées rendent la pauvreté plus supportable; chaque plante est un mets frugal, et partout coulent en quelque sorte des ruisseaux de ce breuvage qui réjouit le cœur de l'homme. Le soleil dont l'influence est toujours présente n'y voit presque jamais son front voilé de nuages , ou laisse sa chaleur comme un souvenir de ses rayons : aussi le manteau et la robe la plus légère rendent plus heureux que la pourpre impériale garnie de diamans. Mais ici!... les despotes du Nord semblent imiter les vents glacés de leur climat ; ils pénètrent le vassal à travers ses haillons, et torturent son àme... comme les cruels élémens. C'est parmi ces souverains que mon époux languit de prendre rang ! Et tel est l'orgueil de la naissance , que vingt ans d'une persécution que n'eût jamais fait subir un père né dans une humble condition n'ont pu changer en rien sa première nature. Ah 1 pour moi , la bonté de mon père m'a donné une différente leçon ! O mon père ! puisse ton âme, si long-temps éprouvée, et récompensée enfin, jeter un regard sur nous et notre Ulric si chéri ! J'aime mon fils comme tu m'aimais !... Mais qu'est-ce ! c'est toi, Werner! est-il possible!... D'où vient?...

( IFemer entre brusquement, un couteau à la main, par le panneau secret, cpi' il ferme avec trouble, et, ne reconnaissant pas iT abord Joséphine, s'approche d'elle avec fureur.)

Je suis découvert... Je poignarderai... [Il reconnaît Joséphine.) A\\\ Joséphine, pourquoi ne reposes-tu pas?

400 WERNER

JOSÉPHINE

Quel repos ? Mon Dieu ! que vois-je ?

WERNER , montrant un rouleau (Vor.

Voici de l'or , Joséphine, et l'oi" nous tirera de cet odieux donjon.

JOSÉPHINE

Et comment l'as-tu acquis?... Ce couteau...

WERNER

Il n'est pas encore teint de sang... Sortons... Rendonsnous à notre chambre.

JOSÉPHINE

Mais d'où viens-tu P

WERNER

Ne le demande pas... Songeons plutôt où nous irons. (// montre Vor.) Voici, voici ce qui nous ouvrira un chemin... Je les défie maintenant !

JOSÉPHINE

Je n'ose te croire coupable d'une action déshonorante,

WERNER

Déshonorante !

JOSÉPHINE

Je l'ai dit.

Allons, c'est la dernière nuit que nous passons ici.

JOSÉPHINE

Et ce ne sera pas la plus triste, j'espère.

WERNER

Tu l'espères ! Je t'en rendrai certaine. Mais allons à notre chambre.

JOSÉPHINE

Encore une question... Qu'as-tu fait?

WERNER, d^un air farouche.

11 est une chose que je n'ai pas faite, qui aurait tout terminé heureusement... n'y pensons pas... Viens.

JOSÉPHINE

Hélas! que je sois réduite à avoir des doutes sur toi !

( Ils .sortent.^

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